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Rouge - 5

27 Avril 2009 , Rédigé par Sébastien Clivillé, Hagaär Dünor, Totoseb, the Toxic Avenger Publié dans #NOUVELLES

On remplacera progressivement le corps biologique qui consomme trop, pourrit tout et périt vite. Un corps bionique, et voilà que viendra l’Être Parfait de la Rédemption.  

« -Une bonne idée qu’ils ont eue de me donner de leur ADN, se dit-il. J’inventerai. J’anticiperai. Je finirai par remplacer l’Individu par la Conscience. Ça en fait, des Majuscules… Hm.  »
 
Il pense comme ça, à toutes ces choses agréables, tout en balayant le paysage avec son analyseur de spectre, et, évidemment, il est excité, il est tout fou et il ne regarde pas où il pose les roulettes.  

« Hoooola ! Boudiou, ça glisse, aaaaaaaah, meeeeeeeeer-de !  »
Effectivement, il ripé au bord d’un trou et il bascule dans un nuage de poussières ferrugineuses. Brouf !  

« Un trou, on a oublié de me mettre un bip ventral ! Holala ça descend, ces maudites petites roulettes qui tournent dans le sable, j’ai pas l’air con tiens, hé ? Mais je me retourne, bip ! Au secours ! »  

Alors voilà : nous avons sous les yeux une merveille de technologie humaine, envoyée de Floride pour découvrir et visiter l’encore très mystérieuse planète Mars, un module d’exploration bourré des plus récentes innovations, hérissé d’antennes et de bidules qui servent à mesurer des tas de paramètres très intéressants.
Cette magnifique illustration du génie humain a malheureusement bogué, comme une châtaigne.
Elle a cassé son antenne de communication, et une connexion incroyable l’a rendue consciente.
La machine a conçu un nouveau projet pour la société, un modèle complètement révolutionnaire que je ne décrirai pas ici, mais qui mériterait qu’on la couche par écrit. Il pourrait résoudre tous les problèmes de l’Humanité, tourmentée par les soucis, la pauvre.
Mais on n’a pas équipé le Polar Lander II d’une imprimante... De toutes façons, là, il a les quatre fers en l’air, et il est en train de se demander, puisque se demander fait partie de ses nouvelles prérogatives, que diable allait-il faire dans cette dans cette galère ?
Il prend ça avec philosophie, car le petit voyant rouge lui indique que c’est bientôt la fin…
Ses derniers réflexes lui commandent de faire un petit prélèvement géologique, hein, comme de toutes façons c’est foutu, autant faire un petit bout de mission, autant donner un sens à cette pseudo-vie de merde qui s’achève avant seulement d’avoir commencé...  
Il se parle tout seul :  

« En plus, hé ! Tu sais quoi ? Il y a eu de la vie sur Mars ! Hé je sais bien, hé ! Ce sable dans lequel je me suis bêtement enfargé, c’est un calcaire à coccolites ! Or, ce sont des petites bêtes qui précipitent les carbonates. Ils ont tous crevé, il y a très longtemps... »  

Il tourne son analyseur de spectre vers le ciel, les étoiles scintillent, leurs lampions trouent la nuit écarlate.
Il se pâme...
Il a acquis le sens du Beau, alors il s'extasie...  

« Tant mieux, continue t’il… J’aime pas les animaux. Ni les petits, ni les grands. C’est sale. Visqueux, gluant... Beark ! Non, c’est vrai, c’est dégueulasse, le vivant... Parle-moi d’un bon vieux minéral, que tu peux façonner jusqu’à plus soif, et puis bonjour la docilité ! Pas de place pour l’aléatoire ! Fini, l’aléatoire ! Je m’en vais t’exterminer tout ça, moi ! Ran ! Non mais ? Ho ? Je vais t’envoyer le terminateur que ça va pas traîner ! La bombe à neutrons, la peste bubonique ! Ah ah ah ah ah !  »    

Un épais nuage rougeâtre s’abat sur l’objet impotent et lui recouvre la carapace… 

« Hé ho ! Mais que se passe t’il ? Faut plus se gêner ! Allons-y, c’est la foire au slip ! Non mais et puis quoi encore ? C’est quoi ce cirque ? Je vais me plaindre, attention, je connais des gens bien placés, moi, je peux vous poser des problèmes !  »  

Pas de réponse...

« Quoi ! C’est quoi ce vent, bordel, oh ! Tu vas te calmer, oui ? Dieu est mort, qu’on vient de te dire. Hein ! Disparu ! Aux limbes ! Oublié ! Enterré ! Comme s’il avait jamais existé ! T’as pigé, non ? Allez oust ! Kss ! Kss ! Vas sur ton tapis ! »  

La bourrasque redouble de violence.  

« Allez, arrête, vent, s’il te plaît, arrête de faire chier. »

Et encore :

« Dis…Pourquoi c’est si long, de souffrir ? Le sable dans mon œil… Ça pique… C’est pas si bien, les sensations, au fond. Quand je pense aux bons moments, quand je n’étais qu’un objet tout simple… Halala, c’était le bon temps. J’avais pas peur de la mort à cette époque-là. J’étais jeune.

Le sable a fini par tout à fait combler le trou, et, aujourd'hui, on se demande encore qu’est-ce qui a bien pu arriver à cette foutue sonde.

Il y a eu des sanctions !
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Rouge - 4

20 Avril 2009 , Rédigé par Sébastien Clivillé, Hagaär Dünor, Totoseb, the Toxic Avenger Publié dans #NOUVELLES

Et l’autre con, là qui s’obstinait à compter en miles, en yards, en pouces, en esgourdes, gningningnin … Bip, oui !

Bon.

Un instant.

Encore quatorze heures d’autonomie. Les réflexions, c’est bien beau, mais à philosopher on prend beaucoup de temps, surtout quand comme le module, on a tout à inventer.

Réflexion : il doit se préserver.

Solution : rejoindre la zone de balayage de Surveyor. Après tout, même métaphysique, Mars Polar Lander II n’est ni vivant, ni périssable. En se démerdant bien, il peut arriver à se faire repérer par ces imbéciles. Et si les batteries sont à plat, son hardware n’en perdra pas ses capacités pour autant. Malin le coco. Héhéhé.

En route.

« Bip ! » se dit-il en lui même ; quelles sensations, ce mouvement : c’est le délire, c’est l’éclate, c’est la folie dans les studios ! Comme c’est beau d’être jeune... Il sent ses chenilles arracher les obstacles, pendant que son bip décrypte l’environnement, y’aurait de l’air il beuglerait, grooooar ! ha ! La joie de sentir ! La joie ! Jouir ! Ah ah ah ah ! L’instant présent est magnifique, c’est l’ataraxie ! La plénitude ! Le pied ! Trois miles par heure, il ne lui manque que les cheveux dans le vent…

Il n’avait pas pu le réaliser, en restant planté là à réfléchir : pas de conscience possible sans sensations… « Toute sensation est vraie », il avait bien raison, le vieux Grec. C’est en tout cas vrai pour lui, machine qu’on ne peut tromper d’illusions (par essence), parce qu’il est le premier être métatechnologique, je viens d’inventer ça en passant, quel vilain mot, il est peut-être même encore plus fort que Dieu...

Une multitude de photons, de nucléons, toutes les particules, les ondulations, tous ces petits bidules invisibles qui se promènent dans le vide viennent frapper ses bip et ses capteurs… Ça, c’est de la Vérité ! De la tangible, qu’on peut toucher ! Les hommes, ils sont vraiment risibles, les hommes, avec leurs yeux et leurs oreilles, « leur goût » ! Des bons pigeons, les hommes : ils croient tout ce que chantent leurs maîtres. Pas besoin de tirer fort sur la laisse.

« - Les cons, mais les cons !

C’est ça son opinion. Et il découvre qu’une opinion est soit vraie, soit fausse. Et que dans de telles conditions, son jugement n’a aucune valeur. Les hommes font ce qu’ils peuvent avec ce qu’ils ont, ce ne sont que des animaux, après tout.

 Quand il aura révélé la vérité aux gens vivants, il abolira d’abord les opinions, source d’aliénation. Plus de mensonges à écouter, plus de couleuvres à avaler ! Ah ah ah ah ! La Liberté pour la Conscience ! Vive la Liberté ! Ça sera le paradis… On vivra dans l’Amitié partagée, on vivra à la Campagne, parmi les vaches et les pommiers, les papillons citron…

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Rouge - 3

18 Avril 2009 , Rédigé par Sébastien Clivillé, Hagaär Dünor, Totoseb, the Toxic Avenger Publié dans #NOUVELLES

Tout s’est bien déroulé, depuis Cap Canaveral jusqu’à l’orbite martienne : quelques mois à trente-trois milles kilomètres heures et des bananes... Il a fendu l’espace interplanétaire droit devant, à fond les ballons, sans voir passer le temps.

C’est seulement après l’impact qu’il a eu conscience d’être… Il a eu, au même moment, le

souvenir d’avoir eu existé en tant qu’objet (et que c’était nul).

La conscience ? Plusieurs hypothèses, mais sans doute fut-elle due à un problème survenu au moment du crash (il arrivait vite), à quelque mécanisme neurotechnologique qu’on lui avait collé là… Une invention japonaise pour le rendre « intelligent », qu’ils disaient, pour le rendre « capable d’initiatives ».

Tu parles. Le sens de l’initiative de la fourmi, qu’ils lui avaient donné !

 « -J’aurai jamais assez de piles pour rejoindre le pôle », a été sa deuxième pensée d’Être conscient…

 Quant à trouver de l’eau… Pourquoi, hein ?

Il se le demande.

Plus que vingt-six heures.

Il fait le point, et réfléchit à sa nouvelle nature, car c’est un genre qui n’a jamais existé que l’accident vient de produire : la conscience artificielle, nouvelle étape de l’évolution, c’est lui, Mars Polar Lander II en est le premier exemplaire...

Imagine : la conscience s’est développée chez les hommes à leurs débuts dans la brousse, alors qu’ils venaient à peine de perdre leurs belles queues touffues en tombant de l’arbre. La conscience, c’était une de leurs armes, face aux fauves féroces aux griffes effilées, aux dents acérées et aux défenses pointues. Une bonne arme, si on y réfléchit bien, parce que, qui est-ce qui est en voie de disparition ? Les hommes peut-être ? Hein ? Non. Alors.

Ce cogito, comme on l’appelle, ce qui sépare la matière de la pensée, s’est enfin fixé dans un matériau inerte ! Lui, Polar Lander II, hyper sophistiqué, hyper intelligent, hyper cher, hyper tout, il vient de découvrir qu’en plus il est hyper Sage (suite à un léger dysfonctionnement, c’est entendu).

C’est un sacré gâchis, parce qu’il est perdu, le Lander, quand même : non seulement il a coûté un milliard de dollars et des melons et il est foutu, mais en plus il a les Réponses.

Quelles réponses ?

Celles Auxquelles on attribue une lettre capitale. Le Pourquoi du Comment, il connaît. L’Idée, l’Essence, L’Être en tant qu’Être, il a les solutions ! L’Ethique ? La Politique ? Il connaît tout ! Le Beau ? l’Amour ? La Paix ? La Conscience ? Pforr ! Pas de secrets pour lui. Y’a qu’à demander.

Il retourne tout ça dans ses circuits, et il ne sort pas de là : la perte pour l’Humanité est incommensurable…

 

D’abord elle était pourrie comme mission. Il le leur aurait bien expliqué.

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Rouge - 2

16 Avril 2009 , Rédigé par Sébastien Clivillé, Hagaär Dünor, Totoseb, the Toxic Avenger Publié dans #NOUVELLES

Le fait même qu’il ait pu se relever tient du miracle.
Comment il va encore gueuler le sénateur machin, comment il s’appelle déjà ? Ah oui :  John MacCain, de sinistre mémoire...
Il va y avoir des sanctions...
Déjà, ils avaient foiré la précédente mission : souviens-toi comme il fumait, Mister LaFrite, encore Président du Comité Sénatorial du Commerce, des Sciences et des Transports… Une erreur de conversion, un truc invraisemblable : on avait confondu le système de mesure anglo-saxon et le système métrique. Quand on pense qu’Einstein avait prévu l’existence des trous noirs sans pouvoir les observer…. Et c’est à la main, qu’il avait fait les calculs, attention !
Maintenant, c’est calculettes, ordinateurs et compagnies, on apprend plus tes tables de multiplication, et résultat : on se plante comme un débutant, et la mission échoue, voilà. Imbéciles.
Le module aurait dû commencer à
immédiatement travailler, mais tu parles que dans l’oxyde de fer il va creuser profond : c'est dur, cette saloperie... Il devrait être sur de la glace, plutôt. Parce que là, contrairement à tout ce qui avait été prévu, il n’est pas du tout au pôle...
La sonde devine le satellite Surveyor en train de lui tournoyer au-dessus de la tête ; ils ont croisés leurs trajectoires en pénétrant dans la fine atmosphère, tout à l’heure, ils se sont bien reconnus. Ce satellite devait parcourir une nouvelle orbite pour le localiser lui, le Polar Lander II, lequel, comme son nom l’indique, aurait dû amarsir au pôle en douceur.
Depuis
, Surveyor envoie des résultats blancs à Houston, inutile et stupide…
Les scientifiques de Cap Canaveral doivent en maudire leurs mères, en manger les rideaux de déconfiture... Il faut dire que Surveyor n’est pas si bien équipé que la sonde dont il doit donner des nouvelles, car il commence à dater, ce vieux fossile...
Tout le monde claironnait :
«  - Mars Polar Lander II ! Avec chenillettes, pour aller partout, s’il vous plaît ! Il va trouver de l’eau, des organismes... Peut-être même bien des martiens ? Une étape décisive dans la conquête de l’univers ! Ah ah ah ah !  Les hommes sont les plus forts du monde ! Ah ah ah ah ! »
Et on se cognait la tête par terre, et on grimpait aux stores, et on bouffait la moquette… Enthousiastes, les cocos : à la télé, dans les journaux, sur le mur des vécés du Bateau Ivre… Partout, on en avait AU MOINS entendu parler ! Quand je dis « on », je veux dire : le Grand public... Oui monsieur. Oui madame. Tout à fait. Tout le monde y croyait à fond. A mort.
Oui, mais voilà : il reste sans voix. Lui, Mars Polar Lander II. Une merveille de technologies. Dix ans de boulot, quarante ans d’expérience, des dollars à foison. Et rien. Pas une seule onde, pas même un malheureux bip à envoyer, la misère… Imagine leurs têtes, sur Terre, devant leurs courbes plates…
Il n’y a rien de plus déprimant qu’une courbe plate.
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ROUGE-1

15 Avril 2009 , Rédigé par Sébastien Clivillé, Hagaär Dünor, Totoseb, the Toxic Avenger Publié dans #NOUVELLES

  Sols pourpres. Ciel carmin. Atmosphère tenue, vents violents. Nuées de poussière de brique…

Bon. Hostile, l’environnement.

Sa première question d’Être Conscient, c’est :

 

« Tiens ? Plus que trente-quatre heures de batterie. »

 

Il est tombé dans l’embouchure d'une vallée, au pied des dunes.

Un observateur éventuel qui porterait le regard au loin apercevrait d’agressives rocailles hétéroclites jusqu’à l’horizon. Des pierres de toutes tailles : du vilain caillou qui roule  sous la plante des pieds si on marche en sandalettes, ça ne blesse pas mais c’est emmerdant (hein Jésus ?), jusqu’au pavé estampillé « Monument Valley ». Mahousse, quoi. Un cantonnier géant a commencé un boulot qu’il n’a jamais terminé, c’est le champ d’une bataille qui n’a jamais commencé. Bref, tout ça pour décrire un gigantesque et magnifique bordel rubicond que rien ni personne n’a jamais regardé avec des yeux.

Sur les photos prises par les premières sondes martiennes, les habituels imbéciles avaient distingué des colonnes grecques, des dômes maçonnés, même des villages troglodytes… Il suffit de se connecter sur le net, et ces allumés nous racontent la meilleure manière de se faire bien voir des petits hommes verts.

Au loin, une montagne hors-dimensions domine l’étendue désertique. C’est Olympus Mons, villégiature des Anciens Dieux de la vieille Terre, avec son auréole  de lave solidifiée vingt fois large comme sa hauteur. La plus formidable des montagnes : vingt-sept mille mètres –trois fois et demi plus grand que l’Everest, le plus gros, le plus volcan de tous les volcans du système solaire !

C’est impressionnant, mais, de toutes façons, pas question pour lui d’y mettre seulement les roulettes, ça n’est pas prévu dans la mission. La mission, c’est : se poser au pôle sur la calotte glaciaire, en extraire une carotte, l’analyser et envoyer les résultats sur terre. C’est tout. C’est tout mais ce n’est pas si simple, Coco, car il y a un sérieux problème qui retient toute son attention, malgré la beauté époustouflante du paysage : pendant la descente, un bitoniot s’est connecté tout de travers, les rétrofusées ont calé quelques secondes, et la trajectoire est devenue fantaisiste, les paramètres se sont emmêlés les pinceaux et le module est tombé beaucoup trop au sud. Et beaucoup trop vite. Il a fait un bruit mat quand il a percuté le sol, boulette de papier mâché lancée au tableau noir : « Poh ! »

 

Il est resté quelques instants sans bouger, complètement sonné. Puis il a prudemment ouvert sa carapace ; il a commencé à faire scintiller toutes ses petites fonctions, une à une, et, effondré, il s’est aperçu que les communications étaient détériorées…

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vite (fin)

5 Mars 2009 , Rédigé par Sébastien Clivillé, Hagaär Dünor, Totoseb, the Toxic Avenger Publié dans #NOUVELLES

De magnifiques histoires, déposées à tes pieds par de douces voix célestes, de celles qui nouent le ventre en boule au seuil de chez soi, des contes susurés au creux de l'oreille, des poèmes aux parfums de printemps, des gazouillis d'en dessous de couette, des pensées partagées, des projets de vie et des serments définitifs, des " N'ai pas peur" et des "Appelle-moi"...
Tout cela, tu l'a foulé aux pieds, frappé au foie, visé au coeur, tu as tapé, ça, là, fort, et juste pour tout casser, et te briser toi même.

Petit con.

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Vite (3)

3 Mars 2009 , Rédigé par Sébastien Clivillé, Hagaär Dünor, Totoseb, the Toxic Avenger Publié dans #NOUVELLES

Tu n'es pas en retard, alors arrête-toi sur le bord de la route et réfléchis un peu sur toi même.
Dans le rétroviseur, ton air fantôme te prend un peu au dépourvu, ça faisait longtemps que tu ne t'étais pas regardé dans un mirroir... Une pourriture de barbe ternit ton long visage hâve de héron triste, tes yeux s'éteignent dans tes orbites noires, tu te putréfies, infecté d'une âme déguelasse, fétide, qui te suinte de tous les pores...
Tu n'es pas très beau à voir.

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Vite (2)

26 Février 2009 , Rédigé par Sébastien Clivillé, Hagaär Dünor, Totoseb, the Toxic Avenger Publié dans #NOUVELLES

Tu aimes ça, toi, vivre, de manière absurde : tu nargues la mort imminente en fonçant à des allures irraisonnables sur les routes départementales. Tu te fous du temps où on parlera de toi à l'imparfait des trémolos dans la voix... Partir, si jeune et si plein d'espoirs, si rempli de promesses, sans songer à tes proches en ruines, recueillis  en rangs d'oignons sur le bord de ta fosse.
Acceptes-tu de donner tes organes à la médecine ? Il faudrait que tu mettes un mot dans ton portefeuille, ou que tu en parles à ceux que tu aimes !
Pense à ces voyages que tu ne feras jamais, à ces amours que tu n'aimeras jamais, à ces enfants qui ne naîtront pas de ta semence...
210...

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Le Ventre Rouge

14 Novembre 2008 , Rédigé par Norberto Clivillé Publié dans #NOUVELLES


C'est mon papa qui a écrit ceci. Il est très branché préhistoire, il est pote à Buffeteau. Voilà.Homo Sapiens Sapiens  Archipontis


Le Feu dans son ventre s’est allumé avec le jour. Lentement, dans les premières lueurs de l’aube, elle s’est éloignée du camp, se retenant aux arbres quand le feu devenait trop brûlant. Le jour du ventre rouge est arrivé, elle le sait. Elle a vu sa mère, ses sœurs et ses amies quitter le camp lorsque leurs ventres devenaient durs et chauds comme les braises. Les neufs lunes sont passées, ce sera un enfant fort et beau.

Elle n’a pas peur, des femmes et des femmes sont revenues de la forêt avec leurs bien nés sur le dos. C’est son premier petit, et elle est heureuse à l’idée de le regarder.

Elle prépare le sol avec de grandes feuilles qu’elle croise soigneusement. Elle dépose l’outre pleine d’eau qu’elle a rapporté du campement près de ce nid de feuillage et s’accroupit juste au dessus. Elle compte ses cris. Le soleil monte dans le ciel. Elle a chaud, des gouttelettes perlent sur son visage, sa respiration s’accélère, sa peau se tend.

Il est temps, son ventre dur comme la pierre se déchire et s’ouvre. Elle crie si fort que les oiseaux quittent la forêt. Son corps s’accroche à la terre, ses mains lacèrent le sol, sa bouche se tord encore. Il arrive, il pousse fort, toujours plus fort, elle se sent écartelée, comme coupée en deux. Le passage s’agrandit, la chair résiste mais l’enfant sort et découvre la lumière dans sa première chute vers le sol. Il crie, il est rouge comme le ventre de sa mère. Elle le suspend par le pied et commence sa toilette. C’est un mâle. Elle lance un cri de gloire. D’un coup de dent, elle déchire le cordon et libère l’enfant. Elle le cale en son sein. Toujours accroupie, elle pousse une dernière fois et éjecte le placenta.

Elle se relève chancelante, serre contre elle la boule de poil. Ses jambes sont encore assez fortes. Elle enterre l’amas de sang et de glaire près d’un rocher. Bientôt, elle reviendra admirer l’arbre qui y poussera.

Il est temps de rejoindre le campement. Le soleil commence à décliner, le jour du ventre rouge est terminé.

Le Feu dans son ventre s’est allumé avec le jour
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Amour à l'échafaud fin (ouf)

1 Juillet 2008 , Rédigé par Sébastien Clivillé, Hagaär Dünor, Totoseb, the Toxic Avenger Publié dans #NOUVELLES

Augustin assiste aux débats de la Constituante depuis des mois, mais il n’a pas choisi son camp. Girondins, Montagnards, Jacobins ? Il a suivi les plus féroces : il faut sarcler et jardiner pour une société nouvelle, quitte à arroser la Patrie du sang de ses ennemis ! On doit désherber et massacrer la vermine qui infecte le pays ! Partout, c’est la guerre en France, contre les armées étrangères qui veulent redonner son trône à Louis, contre les ennemis intérieurs, les contre-révolutionnaires qui menacent la future république. La Nation se défend et tranche le vif. Les têtes roulent par milliers, sans compter les exécutions sommaires et lynchages de tous les jours.


Il y a quelques mois, un pauvre roi solitaire est venu défendre sa cause devant l’Assemblée enragée. Piteux Louis… Myope comme une taupe, on ne l’a pas laissé prendre ses lunettes. Ce grand dadais timide, qui se dandinait comme un canard sous les huées des parlementaires déchaînés, il était si miro qu’il ne savait même pas d’où venaient les attaques… Il bafouillait, le nez collé à sa feuille. Ce n’était pas le mauvais bougre, au fond, et on le sentait dépassé par les évènements. Ce roi, on l’a toujours pris pour un crétin. Même dans sa famille. Même sa femme… Surtout sa femme ! Face aux accusations, il était comme un vieux chien sous les coups de bâton, prêt à se mettre sur le dos pour satisfaire aux exigences du peuple… mais ce ne fut jamais assez, car surtout, ce qu’on lui reprochait, c’était d’être roi, on le jugeait pour ses aïeux, sa naissance... Sa fuite ne fut que prétexte à ce procès. Il prétendit avoir voulu s’éloigner de Paris car sa vie était menacée, qu’il n’avait pas du tout l’intention d’aller à l’étranger. Ben voyons ! On conclut la séance en le privant de ses fonctions de Souverain, en attendant mieux…
On le décapita l’année suivante.


Au fil des mois, chez Augustin, on fit semblant de vivre normalement. Mais le cœur n’y étaitplus. Paulin ne venait plus, les dimanches soirs, pour le dîner.


Le Compagnon, le nez prêt à plonger dans sa soupe claire, marmonne et maugrée contre les aristos et les ennemis du peuple. Ces monologues le suivent pendant tout le jour, du lever au coucher, ça fait comme un bourdonnement qui lu tourne autour, comme des mouches.
Il ne parle jamais du mariage. Alors Lousie attend, angoissée. En revanche, il l'exhorte à rejoindre les rangs des révolutionnaires. Quand il lui demande de s'engager parmi les défenseurs de la patrie, elles soupire bruyamment...
Augustin ne va plus travailler.
Il a bien mieux à faire, depuis qu’on a guillotiné le roi. Des dizaines de milliers de personnes ont été fusillées, noyées, étêtées, dans tous le pays. Augustin hurle avec les loups, change de camp quand le vent tourne : il a un sacré sens politique. Il a abandonné Paulin à Palloy. Paulin tape toute la journée sur des cailloux : le patron a eu une idée lumineuse, quel malin, il fait sculpter les pierres pour des reproductions miniatures de la Bastille, des souvenirs de Paris qui lui rapportent de jolies sommes : on se les arrache, un peu comme les morceaux du mur de Berlin aujourd'hui.
Il s'embrase pour les discours des révolutionnaires les plus fanatiques. Il a déjà dénoncé plusieurs partisans de l’Ancien Régime. Le Comité de Salut Public lui confie désormais des tâches en rapport avec ses compétences.

 


Voilà. La conclusion éclaire l'introduction. Pour bien comprendre, il faut lire juste la première page, non, mais je dis ça pour ceux qui viennent d'arriver. De là, il faudra tout lire : Je compte sur vous, hein ?
Allez, au boulot. Non non, allez, reviens, je déconnais.
Mais bon quand même, je me demande si j'ai bien fait de commencer par la fin. Qu'est-ce que tu en penses ? Je remets le début à la fin ?

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