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Les fauves de la saint-valentin Epilogue

25 Septembre 2006 , Rédigé par Seb Publié dans #NOUVELLES

A cette heure précise, allongée sur le ventre dans les escaliers, les bras repliés sur son cœur, les yeux grands ouverts depuis le matin, Thérèse semblait surveiller le retour des dernières fourmis qui rappliquaient après leur longue journée de labeur. Elle résistait étonnamment à la langue du chat qui suçotait la plante de son pied nu.

Un merle noir donna l’alerte en s’enfuyant : « Tic ! Tic-tic-tic-tic-tic ! »

 

***

 

SIX TUES DANS LE DOUBLE ATTENTAT DE LA SAINT-VALENTIN A NIOKABAOKABA - Au moins six morts et trente blessés graves dans le double-attentat à la bombe qui a secoué la banlieue de Katona juste après 21h hier soir. Deux explosions ont eu lieu à trois minutes d’intervalle au Family Drugstore, célèbre établissement de nuit du boulevard Niokabaokaba, surtout fréquenté par des étrangers. Les secours ont dû amputer deux blessés sur place peu avant minuit. Tous les blessés graves ont été transférés à l'hôpital Nsambya, tandis que les victimes les moins touchées étaient renvoyées chez elles à pied. Selon le porte-parole de la police, Mr Eric Masiré, jusqu'à six personnes pourraient avoir été tuées ce double attentat à la grenade.. Les témoins ont déclaré qu’une première détonation avait eu lieu dans l’entrée, bondée d’amoureux célébrant la Saint-valentin, suivie d’ une deuxième explosion dans le dancing. Plusieurs témoins ont vu une jeune femme lancer des grenades et s’enfuir à pied. La Police du commissariat voisin de Niokabaokaba est arrivée sur les lieux de l’attentat quarante-cinq minutes plus tard. Le reste des forces de l’ordre est arrivé à pied. A 23h, le personnel de sécurité en civil et les policiers en uniforme avaient bouclé l'accès, parmi eux le chef des services secrets militaires, le Major Mayombo Noble.

Les explosions de la nuit dernière font suite à une série d’attentats qui secoue la ville depuis le 12 juillet 98, où des supporteurs de football avaient été tués alors qu’ils regardaient la finale de la coupe du monde dans un bar. Plusieurs suspects ont été arrêtés dans ces affaires et inculpés de terrorisme.

 

L’Eastern African édition du 23 février.

 

***

           

FAUCHEE PAR SON CHAT - Une femme de 61 ans a été retrouvée morte dans les escaliers de sa propriété dimanche dernier à Pont-l’Abbé. Le corps de la sexagénaire a été découvert tôt lundi matin au pied de sa maison, située sur l’île Motet, actuellement isolée par les inondations. Le médecin qui a constaté le décès a conclu à un « arrêt cardiaque soudain, dû à un dérèglement de l'activité électrique du cœur qui s'est emballé et n'a plus assuré plus sa fonction de pompage du sang ». Selon des sources policière, la femme décédée habitait l’île Motet depuis quelques mois, rue du Cèdre. Une dizaine de minutes avant l’heure supposée du décès, elle avait parlé à sa voisine pour se plaindre de son chat agressif, a expliqué à l'AFP le procureur de la République de Rouen Alfredo Vespucini. Il a précisé qu'il ne confirmerait cependant le «lien de cause à effet» qu'à l'issue de l'autopsie de la victime qu'il a demandée. L’animal, un félin de 9 kilos, a été capturé au filet par la brigade spécialisée des Pompiers de Pont-L’Abbé à 22 h 40. Après s'être violemment défendu, il a ravagé le hall d'entrée, pulvérisé de nombreuses vitres ainsi que les géraniums de la voisine. Deux soldats du feu, commotionnés, ont été hospitalisés. L’animal a été finalement été euthanasié par les services municipaux. Jean-René Dumas, préfet de Haute-Normandie, s'est rendu sur place avec le préfet délégué à la Sécurité, Gérard Lambert. Le représentant de l'Etat a déclaré qu'il avait reçu des consignes de fermeté de la part du ministre de l'Intérieur, Nikolaï Sarcoïde, en ce qui concerne les animaux dangereux. Lundi, des incidents ont éclaté dans le centre-bourg de Pont-L’abbé à l'issue d'une manifestation d'organisations de protection de la nature, qui dénonçaient les mauvais traitements infligés aux animaux. Quatre jeunes ont été interpellés, l'un d'entre eux était toujours en garde à vue mercredi au commissariat de la ville.

 

L’impartial du Vexin édition du 23 février

 

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Les fauves de la saint-valentin Episode 5

24 Septembre 2006 , Rédigé par Seb Publié dans #NOUVELLES

Philippe avait déjà descendu deux Manhattan et il amorçait son second Bloody Mary, l’œil déjà ourlé de rouge ; il en était à pousser une olive sur le cuivre du zinc à l’aide de sa touillette, quand il se trouva invité par le bras autoritaire de Jochen vers un taxi blanc sale qui patientait au bas des marches. Le concierge couvrit courageusement leur descente en écartant de son gros bâton une meute de chiens jaunes menée par un molosse au profil préhistorique.

Les murs de la ville blanche défilèrent un instant sous la lumière orangée des réverbères pour laisser place à l’obscurité des taudis ordinaires. Le taxi les abandonna dans la foule, sous les éclairages ressuscités, au pied de Niokabaokaba envahie, bordés de gargotes en tôle et de boîtes à danser.

Au Primordial Pub, ils commandèrent des choppes d’une bière sud-africaine sirupeuse, puis ils s’affrontèrent bruyamment au billard anglais en fumant de gros étrons puants, et leurs performances, bien que médiocres, enchantèrent néanmoins une nuée de naïades coquettes qui les poussaient à la consommation. Exprimant sur leurs peaux sombres et satinées tous les sortilèges de l’Afrique, chacune de ces filles pouvait présenter ses traits fins et ses courbes olympiennes aux photographes de mode parisiens, les femmes noires eussent-elles pu connaître les faveurs des magazines… Ils gaspillèrent encore quelques paquets de shillings, et puis une donzelle légèrement plus charmante que les autres surgit de la nuit et se jeta sur Philippe comme le doryphore sur la patate. Jochen remarqua vite que ces deux-là s’étaient déjà vus quelque part. Dévoilons brutalement le pot aux roses : ils avaient rendez-vous. Presque penaud, Philippe avoua alors sa nouvelle idylle à Jochen. Il l’avait rencontrée au web café du rez-de-chaussée de la tour Unesco, c’est là qu’elle passait ses journées, à peine payée à recevoir la clientèle. Ces traits fins et réguliers, ses longs cils timides, cette coiffure minutieusement tissée, cette nuque qu’il avait soudain eu envie de respirer, la courbe de ses hanches, cette peau si lisse, si… sombre… Elle lui avait jeté son regard de biche épuisée… Comme si elle l’avait attendu. Exactement ce qu’il fallait pour qu’il craquât illico.

Jochen demanda son prénom à la jeune fille : Deborah, mais on pouvait l’appeler Debbie ; il cilla à peine à l’évocation de ses dix-neuf ans, puis il lui recommanda de prendre bien soin de son ami ce soir.

Elle proposa de marcher jusqu’au Family Drugstore. Ce night-club célébrait ce soir-là la Saint-valentin. Un vent de fête balayait la rue en pente, et Philippe remonta son col : Katona se trouvait dans une région montagneuse et la nuit y était fraîche ; les guirlandes de lanternes de balançaient au-dessus des processions d’amoureux venus célébrer ce jour officiel des amants débridés. Les femmes avaient piqué des orchidées à leurs chapeaux et les hommes arboraient leurs costumes lumineux et leurs cravates satinées. On ne remarquait presque plus le gibier d’évangélistes : les bambins en loques, les vieillardes quadragénaires, les petites boîtes des polios, les albinos, les édentés, les trisomiques, aliénés, psychotiques, caractériels, attardés, paranoïaques aigus en veux-tu en voilà, tous la paume présentée bien à plat, sauf les manchots, ça va de soi.

Jochen, sortant ses liasses, s’embarrassa d’un monceau de roses rose et il fit pleuvoir les fleurs sur les amoureux avec son rire idiot. Des amants de tous les sangs déambulaient, l’air sot, heureux sous les lampions, des blancs et des noirs, des jaunes et des arabes, des indiens ou des gens déjà mélangés. Une file d’attente s’évasait en un magma dense et turbulent à l’entrée du dancing ; on sentait pulser des basses assommantes…

Au son de la voix de fausset de Luciana, les corps luisants ondulaient sous les mains qui s’agitaient en l’air dans un congrès de poulpes en rut... Une ronde de boute-en-train sépara Philipe de ses amis. Perdu dans la foule et les laissant à leurs affaires. Il alluma un cigare, préférant respirer ses propres émanations… A l’entresol, il avisa le bar, d’où, présuma t-il, il aurait une vision plus globale de la situation. Philippe, remuant les hanches comme une doudou, les pieds en essuie-glaces, la bouche en cul-de-poule et le doigt en l’air, glissa en cadence jusqu’au comptoir ; il écarta un bouquet de roses pour s’accouder. Des supporteurs s’étaient massés au pied du poste de télévision car la Finale de foot venait de commencer. Il commanda un double-ricky, pendant qu’il tournait le dos à une grosse femme entreprenante qui sentait la viande saoule.

Il allait terminer son verre et s’en retourner quérir sa mie. Quand un bruit de tonnerre, une déflagration le fit s’étouffer dans son breuvage et le précipita au sol, avec l’impression qu’on lui crevait les oreilles. La lumière et la musique s’éteignirent de concert. Il chercha son souffle dans l’air devenu brûlant. L'éclatement d’une bouteille de gaz ? Des gémissements, des cris de panique commençaient à s’élever. Il était stupéfait ; il regarda au travers de ses doigts. Un homme en costume (gris ?) paraissait regarder son estomac lui sortir du ventre, mort étonné sur son siège. Les vêtements de Philippe étaient poisseux de sang frais : il ne reconnut rien autour de lui, rien que des débris indéchiffrables. Où était sa chaussure ? D’autres personnes demeuraient au sol dans des postures inconcevables. Un incendie se déclarait, et Philippe décida qu’il était temps de vider les lieux au plus vite. On entendait sonner un téléphone cellulaire qui jouait un petit air à la mode parmi les pleurs et les cris de douleur…Hagard, il enjamba les débris des chaises fracassées qui avaient volé partout. Maintenant les gens hurlaient franchement, surtout les femmes. Pétales de fleurs, débris et confettis retombaient en pluie de cendres. On courait, on portait les blessés. Parmi les décombres, on pouvait encore apercevoir les verres de bière à demi plein abandonnés sur les comptoirs, les roses rouges et les plateaux de viande rôtie éparpillés dans les flaques de sang. De la poussière dans les yeux, un goût métallique dans sa bouche, Philippe vomit, affolé, et il c’est alors qu’il la reconnut :

 

« - Debbie !

 

La jeune fille, ébouriffée, grise de poussière, les lèvres figées dans un rictus dément, se tourna vers lui, grenade en main. Son pantalon se mouilla et il tendit la paume vers la fille :

 

« - Mais… Deborah ?

- Pour l’argent, cul blanc, uniquement pour l’argent ; de la part de Thérèse, répondit-elle en lui balançant son engin.

 

Quelqu’un chantait un psaume.

 

« - Thérèse ?

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Les fauves de la saint-valentin Episode 4

23 Septembre 2006 , Rédigé par Seb Publié dans #NOUVELLES

 

La saint Valentin était un jour difficile depuis qu’elle vivait seule. Depuis son seuil, à l’abri des faux acacia, Thérèse oubliait l’existence pesante de l’Homme Moderne. Le temps avait passé, depuis l’automne : l’air de février, sec et doux comme rarement, faisait frémir les branchettes des arbres nus ; le fleuve brun entrechoquait le tronc des aulnes entre ses bras puissants. Depuis sa verrière, Thérèse avait observé les eaux fangeuses lentement noyer les jardins alentours. Comme chaque matin, un grimpereau avait fait le tour du tronc du robinier… Un brouillard bleuâtre se matelassait sur les eaux calmées par l’aube. Elle aimait épier la vie qui s’animait en sentant s’éloigner la menace des derniers coups de gel. Devant le spectacle de cette nature si vivante, elle oubliait un peu de son amertume. Un rayon de soleil déchira le matelas noir des nuages : le printemps était en avance ; des constellations de pissenlits, de primevères et de perce-neige mouchetaient déjà le tapis vert, et le blanc pur des langues-d’oiseaux attirait toutes les bestioles qui aiment le miel des fleurs sauvages. Son énorme chat russe, offert par Philippe, régnait en maître barbare sur le jardin, dispensant joyeusement la mort parmi les hautes herbes ; fouettant l’air de sa queue gonflée, l’œil noir, il crachait sur les chiens qui passaient, bondissait dans les jambes de l’imprudent qui s’aventurait au-delà des limites raisonnables, puis il se couchait sur le flanc, la mine inquiétante…

Thérèse avait acquis la maison de son enfance sans réfléchir longtemps. Et pour pas cher en plus : il faut dire aussi que le déluge était pour demain, à en croire les jéhovistes prosélytes brandissant leurs textes obtus à toutes les portes de la vallée, tout contents et satisfaits de l’imminente catastrophe salvatrice dont on percevait les prémices. Ignorants, les touristes continuaient néanmoins à envahir le petit bourg brique et blanc qui s’enroulait autour des ouvrages militaires des glorieux Normands.

Elle avait appris que Philippe traficotait en Oubangamaya. Elle avait cherché sur Internet… Elle avait trouvé celle qu’il lui fallait. Elle y avait mis le prix. Elle avait fait tout le nécessaire. Elle avait passé la nuit sur l’Internet avec sa complice.

Elle descendit dans la cour et s’arrêta à la boîte aux lettres ; son estomac se noua en découvrant le timbre exotique de la lettre : Philippe… Elle déchira l’enveloppe décorée d’un cœur : il proposait une réconciliation et son désir de reconstruire quelque chose avec elle. Alors elle sentit quelque chose de rapide et d’irrégulier se précipiter dans sa poitrine… Le chat lui fila dans les jambes.

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Les fauves de la saint-valentin Episode 3

22 Septembre 2006 , Rédigé par Seb Publié dans #NOUVELLES

 

Philippe pourchassa mollement une odieuse petite mouche noire en la menaçant du revers de la main ; l’intrépide diptère resta encore un instant à lui bourdonner aux oreilles, avant de s’en aller taquiner un autre souffre-douleur. La nuit allait tomber d’un coup d’un seul, comme toujours sous ces équatoriales latitudes. Depuis le bureau loué au treizième étage de la double tour UNESCO, il voyait Katona, la capitale de l’Oubangamaya, repousser timidement les ténèbres à sa périphérie ; comme les prédateurs et leurs proies qui s’accordent une minute de répit, les automobilistes avaient cessé de klaxonner, surpris par la brusquerie du crépuscule, et les piétons avaient soufflé un court moment. Les rives du lac Elisabeth s’enflammaient et de gracieux magnolias digéraient quelques demeures coloniales...

Il consulta les derniers emails de la journée. Il arrivait au bout de trois semaines de brousse où il avait réussi à acheter un lot de magnifiques grands masques à un bon prix ; il avait fait jouer tout son réseau de roitelets locaux pour les arracher les meilleures conditions. Il avait bu du yokolopo’npayala, et d’autres boissons encore plus imprononçables mais toujours plus enivrantes. Il aimait l’Oubangamaya, qu’il considérait comme le plus beau pays du monde, avec ses fleuves qui se jettent en cataractes cyclopéennes sous les Monts Zuyenbori, sa Forêt Primaire Inaccessible de W’wiwdo et son lac Elisabeth. Il n’y avait pas beaucoup de touristes : quelques épisodes sanglants avaient dirigé les tour-opérateurs vers des destinations moins périlleuses. L’Oubangamaya, « le Diamant» (en langue Banyalamilengue) de l’Afrique, devait se refaire une virginité auprès des bureaux de tourisme occidentaux. Le Sergent Dudu, en fuite depuis onze ans, un ancien footballeur, imbécile avéré et ami du pire, avait imprimé son portrait de malfaisant à l’image du pays ; à trente-huit ans, Philippe ne possédait que le contenu de sa valise et quelques comptes en banques disséminés çà et là. Il vivait comme un nabab, bien installé au Tyremoon International, il dormait en chaussettes, pétait au lit, il fumait ses cigares dans son bain et laissait traîner les cendriers sur le bord, il buvait du whiskey à table et se goinfrait tous les jours au restaurant ; il baisait rarement deux fois la même fille. Cette vie-là, sans fil à la patte, lui avait longtemps plu ; mais il commençait à être un peu épuisé de cette instabilité. Il repensait souvent à Thérèse, qu’il ne haïssait point.

Il regarda sa boîte de réception, écrasant les dizaines de spams d’un doigt rageur. Il passa aux messages transmis par sa secrétaire en France : la lettre d’excuse d’un transporteur victime du vol d’un container, des invitations, des sollicitations, des validations, des demandes de facturations… Dans un grésillement inquiétant, les pales du plafonnier s’arrêtèrent. Il téléphona en France, mais aux quatre coins de l’hexagone*, à l’heure présente, les citoyens étaient en train de chauffer les cahuètes devant les dernières pubs : leur équipe de foot, la meilleure du monde à une époque, allait immoler son prochain adversaire à la gloire de la Nation. Personne ne répondait.

 

« -Allez les bleus. »

 

Il raccrocha, éteignit sa bécane, claqua le capot de la bête. Il se tordit le doigt en arrachant son nœud de cravate, des auréoles sous les bras ; comme il était pressé de rentrer à son hôtel, il décida de descendre par l’ascenseur. Quand la chose arriva à son étage, les portes hésitèrent un peu... Il avala une bonne lampée d’air et il plongea dans la masse compacte des employés. La tête d’une petite dame puante lui releva le menton pendant toute la descente, tandis qu’il espérait que la machine accepterait une fois de plus la surcharge. Pour faire passer l’angoisse, il eu des pensées agréables : il se réjouissait de la bonne soirée qu’il allait passer avec son copain Jochen –prononcez Yoreune, un collègue Allemand avec lequel il s’entendait bien quand il s’agissait de partir en foire.

Sorti sain et sauf de l’immeuble, même si le vigile, fusil en travers des genoux, lui avait lancé un regard hostile, Philippe épingla un motard allongé dans l’herbe qui mâchonnait un bâton dentifrice, son engin calé sur la bordure du trottoir ; il paya la course d’avance, et la moto, forçant une file de taxis tous identiques, l’emporta dans la foule. Arrivé au pied du Tyremoon International, le taxi sollicita une ultime contribution, et Philippe l’envoya se faire foutre -il n’était pas un blanc ordinaire.

Il monta chez lui, choisit une tenue sans cravate qui convenait mieux à ses santiags, il prit une douche, se coiffa, se parfuma même…  Il noua son catogan et admira le résultat dans la glace : pas mal. Pas mal du tout, même... Il avait prévu une nuit de folie sur l’avenue la plus courue de Katona, Niokabaokaba. Aujourd’hui, c’était Valentine’s day (c’était un pays où on parlait l’anglais, entre autres), la fête des amoureux. Il fallait se faire  beau. Il téléphona à Jochen pour lui dire qu’il était prêt à sortir

 



* Non, rien.

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Les fauves de la saint-valentin Episode 2

21 Septembre 2006 , Rédigé par Seb Publié dans #NOUVELLES

Elle remonta l’allée bordée de jeunes peupliers en évitant les flaques. Il ne restait pas grand-chose des taillis sauvages de son enfance : les habitations avaient envahi la surface de l’île dans une mosaïque de pavillons tous plus ou moins semblables. Elle trouva son chemin en reconnaissant un cèdre épais, plusieurs fois centenaire, un arbre vénérable que l’accès à la propriété individuelle avait miraculeusement épargné.

Au détour du chemin, elle se tordit la cheville en découvrant le panneau vert et rouge : « A VENDRE »

La demeure, curieusement étroite sur son pied de champignon, était construite en pierres du pays et colombages, élevée sur une motte qui la tenait hors de portée des éléments importuns. La maison avait un air de château avorté ; le bailleur d’ouvrage, commerçant arrivé du siècle d’avant, avait voulu donner un style à son pavillon, mi-néogothique, mi-modern art – qu’on appelle style nouille quand on n’aime pas,  vous savez, les gens sont jaloux, mais tout le monde ne connaît pas Klimmt. L’architecte avait exprimé dans son œuvre toute la richesse de son époque d’absinthe et de poètes maudits. Une paire d’escaliers en conque accueillait le visiteur. Des vignes vierges presque entièrement effeuillées laissaient entrevoir les céramiques tropicales qui décoraient encore le pourtour des fenêtres... Les odeurs de terre humide ressuscitaient en elle les heures passées sous cette verrière qui s’étiolait en ailes de papillons, des vigoureux lapins auxquels elle offrait carottes et trognons de choux, des popotes de gadoue et d’oseille sauvage organisées avec les petites voisines…

Elle réajusta sa chaussure, puis elle poussa du pied le battant du portail asymétrique qui refusa de s’ouvrir. Il pouvait, évidemment : il était cadenassé. Elle passa difficilement les doigts au travers des épis courbes de la grille en fer forgé, comme si coller son nez aux barreaux ruisselants lui avait permis de réveiller un peu l’enfance qu’elle avait vécue là…

 

Un couple d’anges remontait le courant au raz des eaux, cornaqués par une nuée de mouettes déboussolées :

 

«- Angheu ! Angheu !

- Kaha ! Kaha ! »

 

La beauté de ces deux cygnes au milieu des oiseaux de mer lui confirma l’urgence de changer de vie ; elle rentra précipitamment à Paris,  rassembla frénétiquement ses papiers, arrangea des rendez-vous avec les notaires et avec son banquier. Il était temps que ça change. Elle avait besoin de se retrouver seule. Elle voulait passer à l’action. Elle voulait le retrouver et le punir de l’avoir laissée seule.

 

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Les fauves de la saint-valentin Episode 1

20 Septembre 2006 , Rédigé par Seb Publié dans #NOUVELLES

Elle, c’était Thérèse. Comme la sainte, c’est ça.

Au bourg, on cancanait souvent à son sujet. A cause de son genre, sans doute. Et puis elle vivait à l’époque sur la seule maison de l’île Motet, ce qui faisait d’elle une étrangère par essence. Elle n’avait jamais essayé de se défendre non plus. A croire qu’elle s’en foutait.

Elle avait dans le regard cette petite lueur décidée qui lui faisait comme une aura ; on se sent toujours un peu désorienté par de tels yeux. Elle n’avait jamais fait de mal à personne, mais les gens ne l’appréciaient pas beaucoup, enfin, je veux parler de ces gens qui n’aiment pas les visages qui s’expriment sans parler : l’ironie de ses prunelles brillantes, sa voix soutenue… Son visage parlait de liberté. Il aurait mieux valu qu’elle ait le regard un peu laiteux, car dans ces petites villes, on confond toujours le fond et la forme. On la disait snob. Surtout les garçons de la commune, des rustiques dont la principale récréation consistait à se foutre sur la gueule aux bals du samedi soir. Elle portait les cheveux courts, ça ne l’embellissait guère, c’est vrai. En fait, on ne savait pas trop quoi dire d’elle, alors les méchantes gens spéculaient sur son éventuelle homosexualité.

Elle avait fait des études. Au lieu de rester au bourg et de rester à faire son petit travail de secrétaire à la pépinière comme son destin le lui promettait, elle était partie faire carrière. Elle voulait voir du pays, alors elle était montée à Paris. Elle ne croyait pas à la destinée, et elle disait que tout était affaire de volonté. Elle avait fait son trou. Après des années de travail acharné, elle dirigeait un restaurant à l’américaine qui servait de grosses patates pleines de gros fromage fondant et de lardons, et du café « ethnique » ; elle avait pour projet l’ouverture nouveau comptoir sur les grands boulevards.

Elle ne devait rien à personne, comme ça faisait bien de dire à ce moment-là.

Mais personne ne lui devait rien non plus… Dans cette grande ville, elle avait fait beaucoup de rencontres, mais son caractère indépendant, et, il faut le dire, un peu dirigiste, faisait fuir les hommes qui n’en pouvaient plus des femmes de pouvoir. On rencontrait des milliers de célibataires, mais chacun s’évertuait à jouer sa propre partition avec son propre instrument, les accords n’étaient pas toujours faciles à trouver, et la polyphonie passait de mode…

Des amours, en ce qui la concernait, elle avait une image assez restreinte, car elle les concevait de manière idéaliste. En gros, elle voulait un prince charmant. Elle jetait son dévolu sur les hommes aux caractéristiques physiques appropriées, évidemment, c’est ce qui se voit en premier, en espérant que le reste suivrait… Elle les aimait grands, musclés, avec un beau visage, rien que de très normal… Malheureusement, ce genre d’hommes ne rendait qu’occasionnellement aux femmes le respect qu’elles en attendaient. Trop beaux, ils avaient tendance à en profiter. Ou  alors, s’ils étaient attentifs et courtois avec les dames, ils étaient déjà en mains. Et plus elle avançait dans le temps, plus les hommes qui respectaient tous ces critères se faisaient rares.

Finalement, elle n’avait eu qu’un seul véritable amour, dans la vie. Un personnage auquel on n’aurait jamais cru qu’elle s’attacherait, d’ailleurs, qui ne coïncidait en rien aux références qu’elle attendait.

Lui, c’était Philippe, comme le roi d’Espagne, voilà ; pas celui-ci, mais un autre d’avant. Il y a eu beaucoup de rois à s’appeler Philippe, quand on y songe bien. Elle l’avait trouvé sur le bord d’une route, à la sortie de Gérone, il vacillait sous le soleil, tout branlant, on était le midi et il était plein sud, il scintillait, on voyait bien qu’il allait bientôt lui arriver quelque chose de désagréable. Normalement, comme tout le monde, elle ne prenait jamais d’autostoppeurs, mais comme tout le monde aussi, elle lui avait trouvé une bonne tête et surtout elle avait pris en pitié de son air de saint Sébastien ; il venait de sauter d’un camion de viande froide et le choc thermique avait fait exploser ses vaisseaux sanguins ; sur son panneau, il y avait une faute d’orthographe à Perpignan, et elle avait ça trouvé mignon.

Il habitait Asnières ; elle l’avait emmené jusque qu’en bas de chez lui, comme quoi le hasard fait bien les choses. Asnières, pas loin de Paris, quand même, il y a des signes qui ne trompent pas, non ? Le côté intello-vaurien de son passager, elle avait bien aimé, malgré son petit embonpoint. Elle, dans un état second, à cause de la chaleur, sur la route, avait oublié ses organigrammes matrimoniaux et ses idées d’homme idéal. Toute la journée ensemble, ils avaient eu le temps de bien faire connaissance, elle lui avait même passé le volant. Elle n’avait pas réalisé qu’elle se sentait simplement bien en compagnie de cet homme beaucoup plus jeune qu’elle. Il lui avait dit qu’il était convaincu que le hasard jouait un grand rôle dans la vie.

Finalement, ils s’étaient trouvés sympathiques, ils s’étaient revus au cinéma, au restaurant, au concert, je ne sais plus qui ils étaient allés voir, ah si, c’était pas Patrick Burwel, si ? Il appréciait la compagnie de Thérèse ; pour lui elle était surtout une amie plus âgée à laquelle on pouvait faire des confidences. Ils avaient des vies vraiment différentes : il se consacrait aux trucs underground, aux fêtes gay, gothiques, techno, il courrait les after, les expos, les vernissages… Il fréquentait les milieux artistiques et il ne se levait jamais avant les quatorze heures trente. Il poursuivait des études d’art sans courir trop vite, prenant son temps, tranquille. Elle ne pensait que performances, marketing et clientèle.

Un soir, les sens embrumés par quelques verres d’un excellent Côte de Blaye, Philippe avait fini par se laisser embrasser, entre la poire et le fromage... Il s’était bien douté de quelque chose, mais de là à se faire sauter sur le râble… il avait fait un w avec les bras tellement il avait été surpris. Mais elle embrassait bien, et ça avait tout de même été long et agréable. Il ne savait pas trop y faire avec les femmes. Il ne voulait pas lui faire de peine, tu comprends ? Alors il avait pensé qu’il pourrait lui laisser une petite chance car il avait quand même beaucoup d’affection pour elle. Il avait serré les bras autour d’elle, et il l’avait laissée faire.

Finalement, ils se marièrent vite. N’ayant pas dit non tout de suite, il ne sut décidément pas lui dire non du tout. Mais ils n’eurent pas beaucoup d’enfants, aucun, même si on les compte tous. C’est à dire qu’ils copulaient peu : il n’en avait pas toujours envie, enfin il la trouvait gentille, mais les phéromones avaient toujours du mal à se mettre en branle, si je puis dire. Ça ne se commande pas. Quant à elle, elle était souvent fatiguée. Ils speedaient du matin au soir, chacun trop impliqué dans sa propre vie professionnelle, tu sais, à Paris, quand tu es dedans, c’est vraiment épuisant. Elle ne voulait pas de lardon sur le dos, elle avait trop de responsabilités pour ça. En semaine, ils rentraient tard et il se couchait tout de suite car c’était un de ces êtres mystérieux qui ne regardent presque jamais la télé. Ils se voyaient surtout le week-end. Bon, ils faisaient du sexe, parfois, mais sans fougue excessive, car ils avaient d’autres priorités. Et puis surtout, elle avait passé la date...

Lui avait-il jamais donné un je t’aime ? Philippe avait bien grommelé quelques moi aussi, mais ça comptait peu. Des je t’aime-je t’aime, de vrais, je ne crois pas. Je n’étais pas là tout le temps, non plus, mais ce n’était pas son style.

Diplômé, il avait été embauché chez un expert en Arts Premiers ; ça lui plaisait, il savait bien expliquer, et puis il n’engageait pas sa parole de travers, et qu’est-ce qu’il courait ! Si bien qu’au fil du temps, il avait pris de l’importance, il avait gagné son propre argent, et il ne rentrait plus tous les jours, il sentait le cocktail… On l’avait de plus en plus souvent envoyé vadrouiller à l’étranger. Il connaissait d’autres femmes et comme il ne savait pas dissimuler les preuves…

Elle grommelait, elle lui faisait des reproches, elle lui donnait des ordres, elle essayait de le reprendre en mains.

Peu à peu, Philippe s’évanouit tout à fait, lui adressant un vague message, de loin en loin… Elle se sentait humiliée de s’être sottement convaincue d’un amour illusoire. La vérité se révélait à elle, cruelle : il avait bien profité d’elle et de ses revenus confortables. Jour après jour, la répugnance succédait à la rancune. Philippe ne sentait pas cette colère qui gonflait le cœur de son épouse ; il lui faisait savoir qu’il réussissait bien sa vie et qu’il pensait encore à elle de temps en temps. Il donnait souvent son adresse du moment…

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LAPIN-CHASSEUR

15 Septembre 2006 , Rédigé par Seb

Lapin-chasseur aux pruneaux

J'ai gaulé ce post sur le blog de Fifounet.

Je vous transmets donc sa suggestion que j'approuve, que je cautionne, que j'appuie, que je soutiens, bref, voilà :


Depuis quelques jours, le Front National fait campagne. Nous devrions tous recevoir,dans nos boîtes aux lettres (postales...), un petit questionnaire à remplir et à renvoyer dans une enveloppe T.
ATTENDEZ  AVANT DE TOUT JETER !

 La particularité de l' enveloppe T, si vous la renvoyez, c'est qu 'elle est payée par le destinataire, donc par le FN. Comme les règles de financement des campagnes électorales sont assez strictes, les fonds qui seront dépensés pour ce routage ne pourront être utilisés pour d'autres tracts ou affiches.

Alors, jetons le questionnaire, mais renvoyons tous notre enveloppe T au FN en la garnissant à notre goût...
Vous avez évidemment le droit de diffuser ce post le plus largement possible ! C'est même une obligation...

Un p'tit geste pour la planète !

Amitiés.
Fifounet


Au boulot. Je vais garder toutes mes mouches mortes pour avoir de quoi remplir mon envellope T.

 

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12 SECONDES 12

13 Septembre 2006 , Rédigé par Seb Publié dans #NOUVELLES

Les 205 encaissent bien les chocs



Quelqu’un frappe à la porte du bureau, excusez-moi un instant.

 

 

C’était Patrick. Quand j’ai ouvert la porte, je l’ai vu qui se sauvait dans le couloir en balançant les bars comme un skieur de fond ancien modèle. En baissant les yeux, j’ai vu un beau T-shirt estampillé « CRITT intérim ». Est-ce que je dois prendre ça comme un cadeau ? Bon : Patrick est trisomique et il est 2H11 du matin, selon d’ordinateur qui retarde de 20 minutes.

Vous me voyez assez peu dans les colonnes du blog, ces temps-ci, pas vrai ? C'est-à-dire… Heu… Je me sens un peu… faible devant tant… d’érudition. Au début, j’étais parti pour écrire de petites choses rigolotes comme j’en ai l’habitude, raconter ma vie, tout ça. Mais ça devient pointu et j’avoue que je m’y perds un peu.

Amis lettrés, pardonnez donc mon ignorance et faites comme si j’étais moi aussi expert en orthographes et autres matières nobles. Au moins, j’ai un style. On reconnaît mon écriture, et quand vous me le dites, j’enfle d’orgueil et confusion.

Sénèque écrivait quelque chose comme ça, que la sagesse consiste en surmonter les revers. Je n’ai pas la citation exacte en tête, mais ça peut vouloir dire que l’épreuve peut nous rendre plus fort, si l’on est philosophe.

J’ai commencé une petite série qui s’intitule « ACCIDENT ». Je vais la clore ici, en espérant que ma vieille disquette pourra la contenir et qu’elle ne se bloquera pas dans la tour de l’ordi. Je ne sais pas si ça vous est déjà arrivé, mais je trouve l’incident vraiment agaçant.

Je ne sais même plus où j’en étais de cette histoire.

Heu… ah oui !

J’avais eu un accident de voiture, on avait sauté d’un pont en voiture, j’étais le passager arrière, la voiture avait atterri sur le toit, j’avais un bras dans le dos, et puis enfin les pompiers nous avaient amenés à l’hôpital de Béziers, et puis les ascenseurs, les couloirs, les regards compassionnels, souvenirs nébuleux, douleur.

Le chirurgien leva mes radios dans la lumière du soleil. Il me dit :

« - Je n’ai pas réussi à réduire la fracture. »

Je pensai à Chirac. J’étais dans le coltar, je sortais d’anesthésie. Il exposa qu’il allait m’endormir encor -je ne mets pas de e, parce que ça fait plus littéraire, non ? Et qu’il ne savait pas si je pourrais récupérer mon bras un jour, puis :

« - Dites, mon vieux, vous comprenez quand je parle ? je vous explique que ce sera long et difficile.

 - Oui, oui, lui répondis-je avec le sourire béat du codeïnomane, mais qu’est-ce que vous voulez que j’y fasse ? C’est vous le pro, vous avez visiblement de l’expérience et j’espère que je suis tombé entre de bonnes mains, alors faites au mieux : je m’en remets à votre professionnalisme. »

En attendant, je téléphonai moi-même à mes proches pour leur expliquer ce qu’il s’était passé ; je pensai qu’en entendant ma voix, ils comprendraient que mon pronostic vital n’était pas réservé, comme on dit dans le poste, c’est quand même bien pratique, ces expressions toutes faites, j’aurais pu être journaliste.

A la sortie de l’opération, il m’expliqua qu’il avait vissé du matériel, là, là, et là, qu’il était très content de son travail et que ma chance résidait dans ma jeunesse.

Je déteste le bloblotement des radiographies, depuis.

J’avais 25 ans, des vis dans les os et une cinquantaine d’agrafes plantées dans la chair. Ça me fait toujours un peu mal, surtout quand je bois du vin blanc, mais c’est à cause des additifs qu’ils mettent là-dedans, vous alcooliques, ça vous donne des courbatures, moi c’est pareil, mais pire.

Je devais passer trois semaines à l’hôpital, et puis on allait me renvoyer à la maison. Ma copine a déboulé depuis Paris, ça m’a fait du bien. Les copains de Crcrdia sont venus me visiter régulièrement, sauf ma chef. Bénédicte, qu’elle s’appelait.

Nous ne nous aimions pas. Moi, les culs-bénits… Bref. Elle est venue me voir une fois, mais c’était vraiment parce qu’elle en avait besoin : je venais de terminer mon service au sein de l’association, et je travaillais depuis quelques jours sans contrat de travail. Elle m’a donc fait signer un contrat antidaté sur mon lit d’hôpital (il y a des témoins), un contrat d’accompagnement ou je sais plus quoi, un contrat de merde pour les jeunes comme les patrons aiment tant, elle serait ma tutrice même si j’étais cent fois meilleur qu’elle ; je n’ai pas protesté, j’étais à la fois naïf et diminué, je voyais bien son air merdeux, mais voilà, j’je signai en bonnet haut-de-forme. Trop tard. Quoique, je me demande. Si par hasard vous vous y connaissez en droit du travail, est-ce que je pourrais encore les attaquer pour abus de faiblesse ? Si c’était le cas, en sus des indemnités que je pourrais leur réclamer, je pense que la sécu leur demanderait le remboursement des soins. Concordia, ça s’appelle, vous connaissez si vous avez lu le Canard Enchaîné de la semaine passée, ils ont envoyé des jeunes bénévoles au Kurdistan sans se rendre compte qu’il y a une guerre civile, par là-bas. Si j’écris Crcrdia, c’est par dérision pour leurs grandes idées auxquelles j’adhérais tant ; mais je ne cache rien. Ça serait le coup de grâce, notre bon Maître du gouvernement leur a déjà sucré le plus gros de leurs subventions. Trop de gauche. En tout cas, chère « Béné » (urk), vous commîtes ce jour-là une vraie faute lourde, trop grave, hm ? C’est pas beau de tricher ! Un jour que j’avais remboursé un connard un peu vite, elle me menaça de faute professionnelle. L’outrecuidance faite femme. Mais bon.

J’eus aussi la visite de mon frère François et de son fils Fabien, et de mon copain Franck qui m’offrit un gros bloc de pâte à rire. J’en avais bien besoin. Avec Thierry, mon camarade de douleur, le conducteur du véhicule, on avait de la bière que ses parents lui avaient rapportée, mais ça ne me suffisait pas. J’avais vraiment besoin d’être stone : ça donne de l’appétit, ça fait rire et ça soulage aussi les souffrances physiques : les os, ça fait vraiment mal. Je ne peux pas vraiment vous expliquer la douleur. Je préfèrerais vous balancer un grand coup de latte dans les couilles ET vous retourner un ongle, ça vous donnerait une idée. Sauf que ces douleurs-là sont constantes, lancinantes, et durent pendant des mois et des années, jours et nuits, dimanches compris. On pleure beaucoup. On désespère. On maudit Dieu et tous ses putains de saints. C’est pour ça que le cannabis, ça a du bon, je le dis et tant pis pour moi. Même Epicure ne m’a pas autant soulagé ; pourtant, il s’y connaissait en douleurs. Ça, et la codéine. C’est depuis mon accident que je me défonce aux cachetons.

Deux semaines plus tard, je rentrai chez moi à Paris : j’en avais trop marre de l’hôpital, malgré toute la sympathie que m’inspirait le personnel de cet hôpital, c’est vrai, si vous avez le choix, allez vous faire soigner à Béziers, le climat y est doux et on est bien traité ; même la bouffe est correcte, on a le droit à un quart de vin. J’ai flippé ma race (j’étais jeune dans les année 90 et je parle encore comme ça) dans le taxi qui m’a transporté jusqu’à l’aéroport, dans l’avion, c’était pareil. Les transports m’ont terrorisé pendant des années ; aujourd’hui, sauf si je suis passager d’un mauvais conducteur (je traite sa mère, je menace de vomir dans sa voiture s’il ne respecte pas enfin le code de la route), ça va, je suis guéri de cette angoisse-là.

A la maison (20 mètres carrés), j’ai pris l’annuaire de mon dix-huitième arrondissement, je me suis choisi un kiné : Abdullah, Ben Simon… Buisson ! J’ai délibérément choisi un Français, c’était grave, ce que j’avais à l’épaule, aussi il me fallait quelqu’un de la même culture que moi. C’est la seule fois de ma vie où j’ai fait de la discrimination raciale, sans vergogne, en plus. Bingo : Roger avait lui-même été victime d’un chauffard qui l’avait fauché sur un passage piétons, il était fracturé de partout, il connaissait la musique. Il me traitait sans ménagement, et je crois bien que c’est grâce à lui que j’ai retrouvé mon bras. Je l’ai fréquenté pendant deux ans ; il avait une méthode infaillible, la méthode qui consistait à me faire marrer, à être amical et humain. Et quand on se marre, on supporte mieux la douleur. Merci Roger Buisson. En plus j’avais un copain dans le quartier qui avait de la beuh terrible dans son placard, il me rendait souvent visite. Le quartier de la Chapelle, pour ceux qui connaissent Paris, ça a du bon. Il y a des centaines de toxicos, les bourgeois ont peur, et ils n’ont pas tort, mais ça m’allait.

Au travail, on me reprochait d’en faire moins, je partais à l’heure, simplement. Je laissais mes stagiaires se démerder seuls. J’avais tant donné, avant l’accident, que ça leur faisait drôle de me voir partir à l’heure. Je prenais mes rendez-vous chez le kiné à 18H00. J’aurais pu y aller plus tard, mais j’avais mal mal, si mal, j’avais envie de me défoncer, de faire ma séance de torture amusante et de m’abrutir devant ma console de jeu. J’arrivais bien à manier le joystick malgré les bandages. Je n’avais pas envie de m’enculer la vie pour des gens qui laissaient une pouffiasse me harceler. Ma présence devait lui donner mauvaise conscience, car elle n’a eu de cesse de me faire chier jusqu’à ce que je me casse. Mais ils l’avaient choisie, alors que moi, j’étais le disciple de Philippe Duvert qui travaillait en liberté. L’Assos ne s’est jamais si bien portée que pendant ces belles années où nous galopions à bride abattue, cheveux au vent. Tant pis pour les copains que je laissais derrière moi. De toutes façons, je n’avais plus la flamme. Les honneurs ne m’intéressaient plus. Briller dans les salons, mais pour quoi faire ? Quand je lui ai fait comprendre que j’étais d’accord avec elle pour ne pas rester, elle ne put(e !) s’empêcher de pousser un soupir de soulagement. Mais j’étais fatigué, si fatigué… J’avais jeté mes illusions aux orties et je souffrais le martyre. J’avais envie de faire des enfants, j’avais envie de me retirer et de ne plus m’occuper des affaires du monde ; j’avais perdu ma vocation de prophète.

 La vérité, cest que j’avais attrapé le syndrome de stress post-traumatique, mais ça, je ne l’ai découvert que bien des années plus tard, avec une psychologue de l’ANPE, comme quoi parfois, ils peuvent avoir leur utilité, ces feignasses. Je rêvais sans cesse d’accident de voiture, j’étais devenu une merde, un nul… J’avais envie de crever. Une victime facile, quoi. J’ai bien essayé de passer à la concurrence, mais je ne pouvais plus me taire si je constatais des saloperies, alors ils ne m’ont pas gardé non plus. J’avais envie de passer à 35 heures (c’était aux temps bénis de l’ère Jospin) et de ne plus faire d’heures supplémentaires non payées. D’ailleurs, je pourrais aussi en réclamer à Concordia, si je voulais. Plein.

Voilà. Le pape priait pour les accidentés de la vie, mais moi, le pape, je l’emmerde.

Aujourd’hui, le temps a guéri mes blessures. Dix ans ont passé. Je ne recherche plus la gloire. Je suis bien caché à la campagne, plus personne ne me fait chier, j’ai ma petite famille, je suis heu-reux.

Sénèque disait : « Ne conditionne pas ton bonheur à l’obtention des honneurs et des biens matériels ».

Il avait bien raison.

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Bonnet d'âne pour le maître

11 Septembre 2006 , Rédigé par Seb Publié dans #PERSONNELLEMENT -MOI - JE

Nous avons tous eu, au cours de notre scolarité, un ou des enseignants qui savaient nous faire aimer leur matière, des instits qui adoraient leur métier, droits, attachants, des adultes qui nous respectaient. Ainsi que ma collègue Foxx, (elle aurait pu choisir Zorro) je leur rends hommage, mais là n’est pas mon sujet.

Au contraire.

Ici, je vais vous parler de M. Laforgue, qui réussit le tour de force à me dégoûter à la fois de l’école et de la veulerie des adultes. Je cite son nom sans vergogne : il ne m’a pas épargné non plus. Hé hé hé : basse vengeance, car il était mon maître en CM2, et si moi, je prends de la bouteille, l’individu, à l’heure qu’il est, doit être un vieillard décati, s’il ne repose pas six pieds sous terre ; il aurait eu souffert d’un paludisme contracté lors de je ne sais quelle guerre coloniale, ça lui donnait une excuse pour être fainéant. Moi je dis : on devrait interdire aux enseignants de partir à la guerre. Avec lui, j’ai appris la tricherie, la fumisterie et la paresse.

Je me souviens du premier jour dans cette école de campagne : mon pire ennemi, cancre habituel, la terreur de la classe, exigea que je devienne son voisin de table. S’il était mon concurrent intime, c’était parce que, même si j’avais toujours vécu au village, mes parents étaient des étrangers, et au village, les étrangers, on ne les aime pas. Mes vieux venaient de la ville, à 15 Km de là, imaginez... D’un autre département, du 76, du bout du monde, de l’autre côté de la Terre. C’est bien connu : les 76 conduisent mal, ils sont impolis, ils viennent ôter le pain de la bouche des 27. C’est comme ça, c’est la France, c’est l’esprit de clocher, incarné de nos jours par M. de Villiers, c’est bien lourd, bien con. Et puis j’étais le premier de la classe, et ça, pour un péquenaud illettré ET analphabète, c’est inadmissible. Moi, innocent, j’ai pensé qu’il avait décidé de devenir mon ami et que notre antagonisme s’était dilué dans de bonnes résolutions pendant les vacances… Jusqu’à ce que j’arrive en CM2, j’étais toujours le premier en classe. Toujours. Il en faut un comme ça, et c’était moi, on ne choisit pas. J’aurais dû me méfier : c’était seulement pour copier sur moi. Emmanuel, c’était son prénom, était premier en sport, il aurait pu s’en contenter, non ? Il était destiné à devenir agriculteur, comme son père, il n’avait pas besoin des lettres, et alors il aurait pu me laisser tranquille, ça ne lui aurait pas coûté plus cher, si ? Mais bon.

Revenons à Laforgue. Plutôt que de se casser le tronc à corriger nos copies, il nous laissait nous corriger nous même, en se contentant de nous demander nos notes à la fin des interros. Il n’aimait pas se fatiguer. Il suffisait de remplacer la mine de son stylo vert par une mine de stylo bleu et les notes de l’ensemble de la classe étaient aussitôt excellentes. Je ne me privais pas. D’ailleurs, je me demandais pourquoi mon horrible voisin de pupitre s’obstinait à copier sur moi, il pouvait se donner la note qui l’arrangeait, après tout. Un jour, excédé, j’ai décidé de cacher ma copie sous mon bras, ç’avait assez duré. Ça ne plut pas à l’imbécile : nous commençâmes à nous castagner, et que croyez-vous que le maître fit ? Il nous sépara et m’envoya passer le reste de l’année au fond de la classe près du radiateur, sous la fenêtre ; c’est là que j’ai découvert que j’aimais regarder les oiseaux sur les fils électrique. Au moins j’étais tranquille.

Il nous faisait tondre sa pelouse. Quand il revenait, il demandait au cancre si tout le monde avait bien travaillé, lequel répondait que oui, sauf Clivillé (Clivillé, c’est moi) : j’étais châtié, malgré mes protestations et même si j’avais travaillé autant que les autres.

Laforgue était logé dans l’école, au-dessus de la classe, c’était la campagne ; il disparaissait pendant des heures les jours où il y avait sport à la télé : foot, JO, Wimbledon, pétanque... Quand il revenait, il punissait tout le monde, à tout hasard : il avait entendu chuchoter. J’ai découvert bien plus tard que la Convention des Droits de l’Homme de 1948 interdisait les punitions collectives. Je me disais bien, aussi, que c’était injuste… Imagine qu’un de tes voisins aie grillé un feu et que l’autorité décide d’enlever deux points sur le permis de tous les citoyens de la rue : pareil. Mon grand fiston vient de rentrer à l’école maternelle ; encore quelques années et un béotien lui infligera sa première punition collective. J’attends ce moment avec impatience… J’arriverai, Fanfan la Tulipe, monté sur les Grands Principes. Non, mais sous prétexte qu’on est un enfant, on devrait s’asseoir sur les Droits de l’Homme ? Pas d’accord. Trop de majuscules. A l’école publique, en plus ! Et les  Droits de l'Enfant, c'est du poulet ?

A force à force d’être verbalisé pour de mauvaises raisons, un jour j’ai refusé de rendre ma punition (une lecture à recopier) ; il a doublé la mise. Tout comme le lendemain, et le surlendemain… Au bout de 28 fois, la punition n’a plus doublé mais  j’ai été collé pour le trimestre entier; à toutes les récrés, j’étais censé travailler à ma sanction. J’allais me planquer dans les chiottes. Les copains me proposaient bien de m’aider, ils avaient besoin de moi au foot, j’étais pas mauvais. Mais moi, non : mauvaise tête. Je ne dis rien à mes parents et j’étais mal mal mal. Ce sont eux qui on réglé le problème.

Je n’ai plus jamais été le premier de la classe, sauf en Français, mais le Français, je l’aimais.

M. Laforgue, vous fûtes un mauvais maître.

 

Le dernier jour de l’année scolaire, c’était les Jeux Olympiques : toutes les écoles du canton s’affrontaient dans des épreuves sportives sur le grand stade du chef-lieu, moi j’avais choisi foot et endurance. Tous les mômes de la région étaient dans les gradins, j’étais impressionné : il fallait briller. Mon adversaire abhorré avait choisi les mêmes épreuves.

Pan ! Le départ est donné. Je courrus, je courus. Devant moi, le dos courbe et la nuque épaisse d’Emmanuel. J’avais beau me donner à fond, il restait juste devant moi, l’immonde. A mi-course, comme on dit dans le jargon, je lançai la patte et pourquoi le taire ? Le cul-terreux se retrouva par terre. Je l’enjambai, radieux, je finis huitième, devant lui. Et au foot, ma magnifique reprise de volée logea le ballon au fond des filets et donna la victoire à moi et mes copains. Hosanna au plus haut des cieux ! Justice !

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PREHISTOIRE

6 Septembre 2006 , Rédigé par Nono Publié dans #BIOSPHERIQUE

 

L’évolution est complexe

Quand on parle de Préhistoire, on évoque tout de suite Lucie, l’Homo Erectus, l’homme de Neandertal et enfin l’homme de Cro-Magnon, comme si nous étions les enfants d’une longue lignée établie, qui aurait évolué de manière rectiligne tout au long du temps.

La réalité est beaucoup plus complexe. Comme pour beaucoup d’espèces animales, l’évolution procède par des transformations, des tentatives, des essais, des spécialisations, des foisonnements et des extinctions durant les millénaires, au gré des changements climatiques et des crises biologiques.

 

Une longue histoire

Les paléontologues, par fossiles interposés, ont retrouvé le cheminement de notre espèce au sein de notre famille : les primates.

 

-55 millions d’années en Afrique

Au début du tertiaire, les primates étaient de petit taille, leur territoire : les arbres, vraisemblablement en Afrique. C’est dans ce milieu très particulier qu’ils ont vécus, ont évolué, qu’ils se sont diversifiés.

En héritage, nous leur devons notre vision panoramique, nos mains préhensiles, notre station relevée, notre dentition, notre goût pour les nourritures variées… Et notre cerveau développé !

Toutes ces qualités étaient indispensables à la vie arboricole.

Altiatlasius, le plus ancien primate recensé, vient du Maroc. Il est vieux de 58 MA. De très petite taille, il devait peser dans les 120 grammes !

L’émergence des singes (siminiformes)

La datation (- 32 millions d’années) des fossiles des plus anciens siminiformes correspond à un refroidissement important et à une forte baisse du niveau de mers.

On les trouve en Afrique du Nord (gisement de Fayoun), en Egypte et en Asie : Birmanie, Chine, Thaïlande.

C’est de cette famille qu’émergera la nôtre, celle des homonidés.

 

Une histoire africaine

Après la chute considérable de température vers – 32 MA, l’histoire des singes se poursuit en Afrique. Elle concerne les singes hominoïdes, ancêtres des hommes, mais aussi des chimpanzés, gorilles, orangs-outangs. Les plus anciens spécimens d’hominoïdes sont datés entre –27 et –24 MA et viennent du Kenya.

L’Afrique craque

 - 25 MA Effets de la tectonique des plaques, l’Afrique de l’Est se fissure : c’est le début de la grande faille du Rift.

-18 MA   La jonction de l’Afrique et de l’Arabie s’effectue.

Les hominoïdes ont divergé en plusieurs espèces. Certaines pénètrent en Asie et d’autres s’enracinent en Afrique de l’Est.

L’Afrique s’assèche à l’Est

Certains hominoïdes qui occupaient des biotopes sylvestres vont devoir s’adapter à des paysages ouverts, ou disparaître. Ils vont consommer de nouveaux aliments plus coriaces : graines, tubercules, feuillages. Ils vont adopter d’autres comportements : locomotion, recherche de nourriture, vie sociale, etc.

« Il manque quelques pages au livre de l’histoire »

Au grand dam des paléontologues, après –14 MA, survient un grand vide de fossiles qui empêche l’étude des séparations entre les grands singes et les homininés survenues en –9 et – 7 MA en pleine crise écologique de l’Afrique de l’Est.

-9 MA    Un seul fragment de mâchoire exhumé au Kenya, daté de –9 MA, éclaire mal cette période. Ancêtre de l’homme ou du gorille ? La question reste posée.

-7 MA    TOUMAÏ extrait du désert tchadien daté de –7 MA

-6 MA    ORRORIN trouvé au Kenya daté de –6 MA

Ces deux présumés bipèdes se disputent le titre de plus vieil ancêtre de l’humanité

-5 MA    ARDIPITHECUS (- 5MA) montre une dentition intermédiaire entre homininés et pongidés.

- 4 MA   Pas moins de 5 espèces d’australopithèques occupent l’Est de l’Afrique, vivant en marge des savanes, un peu au sol et beaucoup dans les arbres. Réunis en petits groupes sociaux, ils tirent parti de toutes les ressources disponibles, y compris la viande. Ils occuperont la place pendant plus de 2 millions d’années.

Une nouvelle crise écologique survenant, ils laisseront la place à A. Robustus et à A. Boisei qui vont résister un million d’année avant de disparaître.

Et l’homme, dans ce foisonnement ?

-3 MA    Vers –3 MA, nouveau coup de froid. Au moment où se forment les calottes polaires, la sécheresse affecte l’Afrique et les paysages changent. A écologie nouvelle, stratégie nouvelle et adaptation à de nouveaux modes de vie. Les australopithèques graciles laissent la place aux costauds (Robustus et Boisei) d’une part et d’autre part aux plus habiles, plus malins, plus adroits : Kenyatropus pourrait être celui qui a ouvert une nouvelle branche, peut-être celle de l’homme.

 

-2,5 MA             Entre –2,5 et -1,7 MA plusieurs espèces d’homme maniant l’outil vont cohabiter : Rudolfensis, Habilis

L’une d’elle, dopé par un environnement original, va faire une avancée évolutive exceptionnelle et rapide. Elle va imposer sa grande stature (1m 70). Avec sa physiologie de marcheur et de coureur, Homo Ergaster dépasse tout le monde. Il va conquérir de grands espaces. On retrouve ses restes en Asie (-1, 9 MA) et en Ukraine (-1, 7MA). Capable de vivre hors des tropiques, il installera sa descendance, tandis que d’autres homininés s’éteindront.

-1 millions d’années     Dans la continuité, s’installe Homo Erectus. Solide et râblé, il lui faut s’adapter à un climat plus rude. On retrouve ses traces en Afrique, en Europe, en Asie. Il utilise des outils de plus en plus élaborés et diversifiés.

- 800 000 ans   D’autres humains colonisent plus particulièrement l’Afrique mais aussi un peu l’Europe et l’Asie occidentale. Homo Heidelbergensis est un peu plus grand et avec un encéphale en progression d’environ 20% sur Homo Erectus.

- 600 000 ans   C’est de cette époque qu’on retrouve les vestiges des premiers usages du feu. Cette découverte va aider les hommes à mieux utiliser les ressources alimentaires et à braver les climats rudes des époques glaciaires.

LES DERIVES GENETIQUES

- 400 000 ans   Les glaciers du nord vont enclaver toute une population, qui va s’adapter au froid et aux ressources nourricières dominées par la viande. Ce sont les néandertaliens : gros cerveaux, trapus, musclés, carnivores… L’homme de Tautavel qui vivait près de Perpignan il y a 400 à 350 000 ans est l’exemple le plus connu de pré-néandertalien.

Les néandertaliens peupleront l’Europe des âges glaciaires et un peu l’Afrique du Nord à l’occasion de visites sporadiques.

- 100 000 ans   Pendant que les hommes disputaient leur subsistance dans l’Europe glacée, d’autres connaissaient une existence moins rude en Afrique. Leur évolution les amenait aux formes pré-sapiens et sapiens.

Il y a eu en Palestine une population de morphologie moderne, qui nous est connue par les restes d’une trentaine d’individus. On les date de – 105 000 à – 95 000 ans.

- 40 000 ans     Les Homos Sapiens vont sortir de l’Afrique et du Moyen-Orient pour s’établir sur tous les continents.

Leurs populations sont contemporaines des populations néandertaliennes (nos cousins) pendant environ 10 000 ans. Ces derniers vont céder la place en s’éteignant il y a 30 000 ans dans leur dernier bastion de la péninsule ibérique.

Pourquoi, comment ? Cela reste en question.

-10 000 ans                  La dernière Glaciation se termine. Venant du Moyen-Orient, les inventions de l’élevage puis de l’agriculture vont bouleverser les sociétés humaines et leur manière de vivre pour les lancer dans l’Histoire.

 

 

 

N. CLIVILLE  

 

 

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