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Nicolas Lebourg, Histoire générale du camp de Rivesaltes 2

9 Mai 2008 , Rédigé par Sébastien Clivillé, Hagaär Dünor, Totoseb, the Toxic Avenger

En 1937 et 1938, environ 70 000 Espagnols trouvent refuge en France. Au vu de l’évolution de la guerre d’Espagne, la consigne du ministre de la Défense est de préparer l’accueil de 15 000 nouveaux arrivants. In fine, ce sont plus de 450 000 républicains qui traversent les Pyrénées en février 1939. En mars, 264 000 Espagnols se serrent dans les camps du Roussillon, – quand la population départementale s’élève à moins de 240 000 personnes, dont 37 000 Espagnols, et que Rivesaltes est une bourgade de 5 000 âmes. Face à l’engorgement du réseau des camps provoqué par un tel exode, est envisagé de verser au Camp Joffre plus de 15 000 réfugiés catalans. Cela reste à l’état de projet, même si de plus faibles flux ont lieu. Ainsi un millier de miliciens internés au camp du Vernet (Ariège) sont envoyés à Rivesaltes à la fin du mois de juillet 1939.

Le destin du site est scellé lorsque le 10 décembre 1940, la Défense met à disposition 600 hectares au Sud du camp militaire, afin de regrouper les individus expulsés d’Allemagne. La partie militaire du camp fonctionne ensuite parallèlement aux camps civils. L’annonce de la création du camp n’est pas sans provoquer une certaine anxiété dans la population locale.

Alors même qu’arrivent les premiers internés le 14 janvier 1941 le statut du camp et des hommes qui y sont adressés n’est pas encore fixé. Il est décidé qu’il s’agit d’un « centre d’hébergement » pour familles. D’abord envisagé pour un maximum de 17 000 « hébergés », il aligne 150 grandes baraques d’habitation – certaines plafonnées, d’autres non – permettant chacune de rassembler environ 70 personnes, soit une contenance de 10 000 individus. La particularité du lieu est de rassembler des familles mais sans les regrouper : il est des baraques pour les hommes, d’autres pour les femmes et les enfants. Pourtant, dans le rapport qui lui avait été demandé, quant à savoir si le lieu était propice à l’accueil des enfants, le médecin-chef responsable avait estimé qu’il était « formellement contre-indiqué ».
A compter du quinze mai, des écoles sont installées aux îlots B, K et J. Bientôt, 1 550 enfants sont encadrés dans 17 classes, dont une réservée aux enfants gitans. Il ne s'agit certes pas de les éduquer mais de les occuper pour faciliter le fonctionnement quotidien du camp. Un temple, une église et une synagogue sont installés.
Rapidement, le camp devient une tour de Babel. Au 31 mai 1941, le camp compte 6 475 internés de 16 nationalités principales ; plus de la moitié est espagnole, les juifs étrangers représentent plus du tiers.
Sévissent une faim extrême et les conditions climatiques particulières du plateau : un froid insoutenable l’hiver, une chaleur intolérable l’été (la combinaison chaleur-faim aboutissant à de mortelles épidémies).En juin, les services sanitaires constatent que les travailleurs pèsent en moyenne une vingtaine de kilos de moins que ce qu’ils devraient faire relativement à leur taille, et il suffit d’une simple épidémie de diarrhée pour qu’en une semaine meurent sept d’entre eux. L’eau consommée est souillée par le rejet des matières fécales à proximité de l’un des deux puits d’approvisionnement, manque tant que la douche, collective, n’est assurée que tous les quinze jours. Seules les pouponnières (et les bureaux) sont chauffés.
De par les nécessités de subsistance, un marché noir intensif sévit, des femmes se prostituent, y compris à l’extérieur, par exemple au café situé à proximité de la gare. Le 31 décembre, un tiers de l’effectif est cachectique, 200 personnes sont en risque d’en mourir de façon imminente.

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chris 11/05/2008 06:21

Je pleurerai pas !Faut pas y compter.Je rirai, au contraire....du monde entier.

Sébastien Clivillé, Hagaär Dünor, Totoseb, the Toxic Avenger 14/05/2008 14:57


La comedia dellarte... La vie est une sinistre farce...


siratus 10/05/2008 11:53

Difficile de revenir des Tropiques même si le soleil brille en Bretagne... Beaucoup à lire chez toi, Seb ! Je reviendrai dès les effets du décalage horaire passés  ;)Belle journée !Gros bisous, fidèle matelot !  :0010:

Sébastien Clivillé, Hagaär Dünor, Totoseb, the Toxic Avenger 14/05/2008 14:57


merci aussi de revenir me visiter... As-tu besoin d'un vrai café ?


pb-r 10/05/2008 01:19

La description finale est particulièrement saisissante ! terrible endroit...

Sébastien Clivillé, Hagaär Dünor, Totoseb, the Toxic Avenger 13/05/2008 16:43


Mon grand-père disaitqu'il avait dormi dehors la plupart du temps. Sous des branchages... C'était en février.


marlene 09/05/2008 10:08

Bravo Séb de nous éclairer ainsi, sur une partie de l'histoire que nous connaissons mal

Sébastien Clivillé, Hagaär Dünor, Totoseb, the Toxic Avenger 09/05/2008 20:10


Je crois que c'est important de connaître l'histoire de son pays.