"- Hm... Hmm ! Recule, recule, vade retro, Satanas ! Bin mon salaud : t'es sûr que t'as arrêté de fumer ? C'est les
gommes à la nicotine qui te font refouler du goulot aussi fort ? Rh, kh T'as trop embrassé mal étreint les idées d'Orlando de rudder, ou quoi ? In vino veritas ? Va te laver les dents, il y a du
Tonyglandyl dans l'armoire à pharmacie, pis prends la brosse en chiendent ! Et puis frotte-toi aussi le museau pendant que t'y es, si tu crois que c'est parce que t'as la gueule noire que t'auras
le droit descendre à la cave... Comptes-y bien, sur ton 69 ! L'hygiène, c'est la première des bonnes manières, j'arriverai jamais à y apprendre la politesse devant les clients, à c'te
saloperie-là !"
Voilà comme on me parle, à moi, Moi, le poète !
Pourtant, j'y ai mis du mien, hein ?
Depuis que DLC éditions (site en cours de construction), m'a (m'ont) proposé un vrai contrat d'édition, depuis qu'on
publie ma poésie, ça y est : chapeau à larges bords, écharpe de tulle léger, petites lunettes et pipe d'écume, j'ai vite trouvé dans mes tiroirs de quoi me faire la panoplie, œil lointain et
pantalon de lin. Heureusement, j'avais pas tout vendu au vide-greniers...
Le plus dur, c'est le regard : sonder les pupilles d'un interlocuteur comme des puits et puis laisser ses yeux dériver
jusqu'à cet horizon toujours traqué et néanmoins jamais atteint...
J'ai signé une charte, où je m'engageais à rester parcimonieux avec les calembours douteux, à me laisser aller à
des licences poétiques, tout en sachant conjuguer les verbes du premier groupe à la deuxième personne du singulier à l'impératif présent sans leur agrafer de « s » à la queue sauf cas
exceptionnel et dûment répertorié... c'est difficile, c'est très difficile, mais ce sacrifice, je peux, je dois, je sais ! le faire, pour la beauté du geste, pour la gloire, pour la France, parce
que des fois, y n'n'a, et des fois, y n'n'a pas. Écrire : « - Vas-y, va te faire foutre, avale, avales-en, ch'te dis ! » est une véritable torture pour la logique formelle, mais que
voulez-vous, la conjugaison, c'est difficile ! Ca ne s'improvise pas, c'est prouvé !
J'aimerais bien vous y : parler en rimes toute la journée, c'est rude. D'autres pompeux cornichons appellent ça du
slam, il savent même pas c'est quoi un slam mais ça leur donne le poil brillant et la truffe humide, pour pouvoir se déguiser en survêtement de caillera de téci et déclamer :
Bonjour madame la boulangère
Bien moins que demain
Je te noircirai des pages
Encor plus belle qu'hier
Jusqu'au septième étage
S'il vous plait donne-moi un pain
Bin c'est pas facile, c'est dangereux, même : ça lui plaît pas trop, au boulanger, toutes ces simagrées après sa
femme... Il est costaud : pétrir la pâte, ça muscle.
C'est pourquoi il manque souvent des dents au poète qui va chercher son pain lui-même.
Protégeons les poètes, ils sont en voie disparition.
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