"- Alors, mon petit Seb ? Ça fait moment que tu traînes moins sur les blogs... Tu es sûr que ça va ?
-
Mm... Mal à la tête... Pas dormi avant deux heures du mat'...
- Eh oui, je comprends, tu dois être perturbé, après que ta nana t'as
largué. Tu dois être très malheureux.
- Non non, je suis juste fatigué. Je suis en arrêt maladie.
- Attention à toi, hein, ne te cachetonne pas trop, la dépression, faut essayer de s'en sortir autrement qu'avec de la chimie. Comme je te plains
!
- Ma qué, dépression ? J'ai la crève, c'est tout !
- Allez, allez, ne
te voile pas la face, tu sais bien que tu peux tout me dire. T'es pas le premier à qui ça arrive...
- Pff.
- Halala. Comme tu dis. C'est bien triste.
- Non, je ne soupire pas parce que je suis
triste. Je ne suis pas triste. Mais il va falloir que je t'explique, car je vais bien. Très bien, même.
- ?
- Si je suis fatigué, c'est parce que j'ai rencontré quelqu'un, et que nous nous emportons jusqu'au bout de nos nuits. Je me sens... LIBRE !
"
Aujourd'hui, j'avais envie de vous faire partager cet extrait de
l’œil du lapin de CAVANNA, qui ne le sait peut-être pas, mais que j'aime beaucoup. Un cri de révolte. Moi non plus, je n'aime pas donner la mort ; pas même aux araignées.
« Cette chose, c’est l’épouvante que j’avais quand ma tante, placide, souriante, arrachait d’un couteau preste l’œil du lapin vivant pendu par les pattes au –dessus de la bassine, PARCE QUE
C’EST MEILLEUR : il faut que le lapin soit vivant jusqu’au bout afin que les veines se vident bien de tout leur sang. […]Et moi je hurlais, je courais loin loin, je courais, mais ce lapin
était dans ma tête, au bout de ses pattes de lapin qu’étirait la ficelle, je n’étais qu’horreur et hurlement, je comprenais pas qu’on PUISSE faire ça je ne comprenais pas qu’on puisse avoir vu ça
et vivre. […]
Et aujourd’hui, je sais. Je HAIS la mort. Voilà.. C’est tout. Je suis un sensiblard, une gonzesse, et je hais la mort. Je hais ceux qui la
donnent, ceux qui la donne légèrement, ceux qui la donne distraitement, ceux qui la donnent pour que la sauce du civet soit meilleure, ceux qui la donnent pour faire joujou, ou pour se prouver
qu’ils sont des hommes et qu’ils ont des couilles au cul, ou pour la Cause (il y a toujours une Cause qui vaille qu’on tue, et qu’on meure), ceux qui la donnent parce que c’est le seul moyen,
ceux qui la donnent pour le sport, pour la coquetterie, pour tuer le temps… Ceux qui la donnent pour le fric, ceux qui la donnent pour l’honneur. […]
Je hais ceux qui l’acceptent et ceux qui l’exaltent, ceux qui l’honorent comme « l’autre face de la vie, son complément
obligatoire » -paradoxe miteux- et ceux qui la parent des prestiges de l’héroïsme du « don suprême. La mort est une saleté, un point c’est tout. La mort est l’horreur absolue.[…] Si un
dieu a vraiment crée cela, je hais ce Dieu, je lui réserve la totalité de ma capacité de haine et je le haïrai à chaque seconde de ce piège à con qu’est ma putain de vie mortelle… Mais un dieu ne
PEUT PAS avoir VOULU une telle insanité. Il n’y pas de dieu.. Seuls des hommes, des petits hommes dévorés de peur, ont pu imaginer dans leur esprit tordu, dans leur impuissance à comprendre et à
admettre, qu’un dieu tout puissant ait pu vouloir ça, un dieu à leur image, à leur sale merdeuse image, un dieu capable d’attacher le lapin vivant par les pattes de derrière et de lui arracher
l’œil pour que la sauce du civet soit bien réussie.
Il n’y pas de dieu. Heureusement.
Mais il y a les hommes. Hélas. […] »
« Mon horreur grandissait, et ma rage, et mon dégoût. Toujours l’œil du lapin. Des hommes FONT ça. Des hommes ACCEPTENT ça. Ceux qui
n’acceptent pas, on les laisse gueuler tant que ça n’a pas d’importance. Le jour où ils gênent, on les tue. Comme Jaurès. La guerre, au fond, ILS AIMENT ÇA. Ils proclament le contraire, mais ils
mentent, ou ils ne se connaissent pas vraiment. Ils aiment ça. Ils aiment gagner, ils aiment risquer, ils aiment avoir peur, ils aiment s’exciter la gueule tous ensemble, en foule, et perdre les
pédales, et laisser la responsabilité aux chefs, et quitter la femme, les gosses et le travail chiant, ils aiment se faire des souvenirs formidables pour quand ils seront vieux, ils aiment les
médailles et les cérémonies, ILS AIMENT LA MORT. […]
Je hais la guerre. Elle est la preuve hurlante que nous ne sommes que des sous-hommes, aussi arriérés mentalement qu’à l’âge des cavernes,
des brutes avec en main de formidables moyens de destruction. […]On n’a pas besoin de héros. On a besoin de dirigeants qui ne nous mettent pas dans le cas d’en avoir besoin. Or, toute le
politique entre pays est dominée par la guerre. […]
La guerre est une institution parmi nos institutions, elle est un métier plus qu’honorable, un métier prestigieux. Elle s’enseigne dans des
écoles spéciales. C’est la guerre qui provoque la gloire la plus haute, c’est à des généraux qu’on dédie nos plus belles avenues. Ils aiment la mort. […]
« Plutôt mourir dans l’honneur que vivre lâche ». Voilà le poison qu’on nous fait entrer dans les réflexes. On fait de nous des
machines à tuer et à mourir. La mystique de l’honneur… L’œil du lapin, oui ! Et moi, j’affirme que quand on est mort on est mort, et que rien ne peut être pire. Alors que vivre lâche,
infâme, bourrelé de remords… C’est sans doute inconfortable, mais çA vaut le coup d’essayer. Rien que pour voir. Il sera toujours temps de me suicider si c’est vraiment insupportable. Le maréchal
Bazaine, à ce que j’ai appris en cours d’histoire, après avoir trahi de la façon la plus répugnante et avoir certainement causé volontairement, par pure ambition merdeuse, la défaite française de
1870 avec toutes ses épouvantables conséquences, est mort tranquillement dans son lit. Il semble donc bien que l’épouvantable remord du traître ne ronge que le simple soldat[…]
Je n’ai aucune vocation à trahir, simplement je ne veux pas me battre. Je préfère vivre esclave humilié, mutilé, volé, vaincu, battu, cocu
que de ne pas vivre. Les gens parlent légèrement de la mort, de leur mort, parce qu’ils ne l’imaginent pas. Pas vraiment. Ils se voient étant morts, honorablement morts, ils oublient qu’ils ne
verront rien du tout. […]
Mais si tu ne tues pas les méchants, ce sont eux qui te tuent ! Si un méchant m’attaque, c’est mon affaire. SI l’on me dit qu’il y a en
face soixante millions de méchants et qu’ils m’attaquent, moi, personnellement, je demande à voir. […]
Ils en arrivent à se persuader que ce qui fait mal et qu’on est forcé de subir est une friandise délicieuse. Que la virilité se prouve en
marchant à la rencontre des mitrailleuses et en enfonçant sa baïonnette dans un ventre tout chaud. […] C’est ça l’héroïsme ?
Les héros ce sont les journaux qui les fabriquent, après coup, et les discours devant les monuments aux morts. La guerre est une
monstruosité, une honte que rien, jamais, ne justifie. Tous les gouvernements, sous prétexte de défense, préparent la guerre, comme ils l’ont toujours préparée, et ils la feront comme ils
finissent toujours par la faire. […]
Pourquoi les nations d’Europe n’ont-elles jamais été aussi formidablement armées qu’actuellement ? […]
Je suis un lâche, j’aime ma peau par-dessus tout, je suis douillet, avant même que l’on commence à me torturer je donne tous les noms. Je
suis imperméable à la religion de l’honneur qui n’est qu’un attrape-nigaud destiné à faire de nous de la chair à canon docile et même enthousiaste. Mon échelle de valeurs n’est pas la
vôtre.
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