- Hm ?
- C'est vrai que tu retournes à l'école ?
- Oui : à l'université.
- Tu vas apprendre à faire des galipettes ?
- Hé hé, non, je sais déjà les faire !
Hagne don'
Huggy Home saute sur le blog
Les certitudes,
Les avis définitifs ?
Je m'en méfie
Comme de la peste ;
Surtout des miens.
Mes grandes idées
Ont disparu
Sans laisser d'adresse.
Bonjour.
Une phrase commence toujours
Par une Majuscule,
Et se termine toujours par un.
(...)
Toujours - toujours ?
Et la poésie, alors ?
Peut-être bien que la poésie...
"- Et bien quoi, la poésie ?"
Pas toujours
Sur le sable, on a tracé du talon une baleine à l'échelle (un surin). Comme c'était un garçon, il a fallu lui figurer son zizi - naturellement grand.
On se marre bien quand on a quatre ans.

Allez ! En route, direction : la Bretagne... Première étape : Romilly-sur-Andelle.
Quoi ?
C'est pas en Bretagne, Romilly ? Oui, je le sais bien, hé, banane, que c'est pas en Bretagne ! La vallée de l'Andelle, en Bretagne, on aurait tout vu, ça serait le pompon ! La vallée de l'Andelle, c'est aux portes du Vexin Normand, juste à côté de chez moi, je connais ma région, tout de même !
C'était ma première escale, sur la route de la Bretagne. Petite étape de trente kilomètres.
En vérité, M. Lacaille, le professionnel, devait venir le lendemain matin. J'avais entassé tout mon salon dans la chambre de me enfants, qu'est-ce que j'allais faire dans mon salon vidée de toute trace d'humanité ? Jouer au ballon dans le salon ? Certes.
C'est aussi que je voulais passer une nuit chez mon tonton et ma tata, Joan et Éléonore... Ça faisait longtemps que je ne les avait as vu, c'était l'occasion.
C'est charmant, Romilly, comme petit bourg. Vous connaissez les vallées du Vexin, creusées dans les plateaux calcaires par les riants cours d'eau jamais à sec... Vous ne savez pas ce que c'est, les ruisseaux jamais à sec, vous qui venez du sud. Pas question de remonter le lit de l'Andelle à la fin de l'été comme on le fait dans celui du Coulazou, par exemple (chouette balade -un peu sportive, du pont de Cournonterral jusqu'à la bergerie) ça serait un coup à se noyer. Mais oui, c'est ousqu'il y a la Colline des Deux Amants, et sa légende jaillie du fond des temps, ce mec qui, pour obtenir l'assentiment de son beau-père, dut porter sa belle jusqu'au sommet sans que celle-ci ne touchât terre. Il en creva de fatigue ; désespérée, la donzelle se jeta du haut du mont et y passa derechef. Je ne sais pas comment elle a fait, parce que vue la pente, elle aurait roulé jusqu'en bas, elle est restée coincée dans des ronces ? Elle serait morte de chagrin, plutôt, je pense.
Quand j'étais petit, parfois, avec toute la famille, on se faisait un petit grimpé de colline, et on parlait du pays, de son vin si épais, du village perché de la Siurana, de l'âne du cousin Catala, du curé que le grand-père avait caché pendant que des anarchistes de Reus voulaient le fusiller...
"- Papa ?
- Hmm ?
- C'est encore loin ?
- Non.
- Encore combien de kilomètres ?
- Pas beaucoup.
- Ça fait combien en mètres ?
- Mille fois plus.
- Holala... ça fait beaucoup de mètres !
- Papa pourquoi les nuages ils sont blancs ?
- Ils ne sont pas que blancs, les nuages, regarde : il y en a des gris, des noirs, des roses... Tu vois ?
- Ah oui !
- Papa, encore combien de minutes ?
- Quinze...
- Alors ça fait 900 secondes, parce dans une minutes, il y a 60 secondes ! 1... 2... 3... 4...
"
"- Papa ?
- Hm ?
- Pourquoi est-ce que vous êtes venus en France ? »
Je ne sais pas si vous avez déjà voyagé en voiture avec des petits enfants précoces... Vous voyez ?
Avec des petits enfants précoces, il faut être encore plus flegmatique. Savoir dire stop.
Je ne dis pas que c'est ce que je fais toujours... Des fois je pousse même un peu les feux.
Là, justement, j'avais bien envie de répondre. En plus en ce moment, ça me travaille : le parlement espagnol vient de promulguer une loi qui permet aux exilés, aux combattants internationaux et à leurs enfants d'obtenir (j'allais dire de recouvrer) la nationalité.
J'ai senti l'émotion me colmater l'oesophage, et, pendant mon monologue, je me suis étouffé plusieurs fois dans ma bave.
C'était l'histoire de ma famille dont il s'agissait là : sans cet exode, je n'existerais même pas.
- Non, ce n'était pas un nazi, mais il était de la même famille, qu'on appelle les « fascistes ». Ces fascistes-là d'Espagne, on les appelait les « Phalangistes » ; on les appelait aussi les « blancs ». C'était les fascistes allemands qui s'appelaient les nazis, quand aux fascistes proprement-dits, ils venaient d'Italie. C'est grace à ceux-là qui sont venu l'aider que Franco a gagné... Du côté des républicains, il y avait le peuple, et puis des combattants du monde entier qui étaient venus l'aider... Ils faisaient la révolution, c'est à dire que tout était partagé entre les gens du peuple, la terre, le travail ; ils étaient tous égaux. C'était les « rouges ».
- C'est quoi, le peuple ?
- Bah... C'est les gens, les gens comme nous, ceux qui travaillent dans les usines, les fermiers, les couturières, les marins, les cuisiniers...
- Il est mort, Franco ?
- Oui.
- Qui c'est, qui l'a tué ?
- Personne, fiston... Il est mort dans son lit d'une maladie de vieillesse... Tu sais, la réalité, c'est pas comme dans les films américains, ce ne sont pas toujours les gentils qui gagnent à la fin.
- Et la France, c'était bien l'ennemie des nazis, non ?
- La France n'a rien fait.
- Il faisait la guerre, ton grand-père ?
- Non, mon grand-père, Ramon Cvillé, c'était un révolutionnaire, mais c'était un pacifiste, quelqu'un qui refusait de tuer. C'était le secrétaire du comité révolutionnaire de Cornudella, le village où est né mon père : c'est le seul village de Catalogne où il n'y eut pas d'exécutions sommaires. Il est resté fameux, là-bas, pour avoir demandé au moine de la chapelle moine de s'habiller en civil, parce qu'il y avait des anarchistes qui venaient de Gérone, ou de Barcelone, je ne sais plus, pour tuer les fascistes...
- C'est quoi, des anarchistes ?
- C'est des gens qui pensent que le peuple doit se diriger lui-même. Une belle idée, mais ceux-là étaient devenus complètement fous et ils tuaient les gens qui ne pensaient pas comme eux. Mon grand-père, il était partageur, mais ils n'aimait pas ces gens qui tuent pour le plaisir...
- Et pourquoi il est parti, alors ?
Les joues qui pèguent, barbouillées de compote, les doigts maculés des miettes de la pâte feuilletée... Les souvenirs de ton enfance !
Alors, aujourd'hui, quand tu manges un chausson aux pommes, tu es très exigeante...
Pourquoi est-ce que tu as envie de faire pipi ?
J'ai envie de faire pipi parce que j'ai un zizi !
J'ai faim.
Des pâtes, tiens.
Quoi ?
Onze minutes,les pâtes ? Non mais ça va bien, oui ? Huit minutes suffiront, et encore. J'ai beau être Français, il y a des traditions millénaires qu'il faut respecter, sinon l'univers tournerait
moins rond, et ça serait le bordel.
Tout de même.
Bonjour. Il est bientôt huit heures. Je rentre du boulot. Les alouettes chantent au-dessus du champ de blé qui s'étale au pied de mon logement. Le soleil matinal inonde ma table de travail à gros
bouillon, me réchauffe le dos... Mmm... Comme c'est agréable...
J'ai le plus grand jardin du monde : tout le Vexin rien que pour moi et mes gosses... Les matins frais nous emportent pour de longues balades, sur les petits chemins qui serpentent à flanc de
colline...
A chaque promenade, quelque chose de nouveau : des chevaux ont été mis à l'herbe, le rose d'orchidées rares mouchette la pelouse, un crapaud alyte chasse à l'orée de son antre, le chapeau des
morilles n'attendait plus que nous, le lièvre nous file entre les jambes, un troupeau de génisses vient se faire
caresser la tête...
C'est très doux, une vache...
Quand je pense qu'il y en a qui ne pensent qu'à leur voir passer des épées au travers du corps... Oui, je comprends bien que les cuivres assourdissants, les uniformes rutilants, les paillettes
éblouissantes, le froufroutement des banderilles, l'excitation du groupe, la sauvagerie de l'animal, la vue du sang, la fièvre culturiste, l'odeur du cuir... puissent susciter de la fièvre, une
ardeur morbide et délétère, un peu comme celle qui exalta les foules de Nuremberg... J'exagère ? Je ne sais pas. Évidemment, le rapprochement est léger, car suscité par la colère,
l'incompréhension. Mais ces événements participent d'une logique analogue. La coutume a bon dos : si on veut aller par-là, avec ce raisonnement, par exemple, les Papous mangeraient encore les
missionnaires, de nos jours, non ? Quoiqu'en ragoût, le missionnaire, c'est très délicat, le gras se détache tout seul. Ou alors mieux : cuit sous la cendre, avec des patates douces, des
piments-oiseau, on aura au préalable enrobé le religieux dans des feuilles de bananier... Vous m'en diriez des nouvelles, mmmm, ça donne un petit croquant à la peau... Miam ! Et puis c'est
la tradition, hein ?
Les pelouses calcaires sont désertes... Qui viendra ici, sentir croustiller avec nous le sel de la vie ?
Ils ne savent pas ce qu'ils manquent.
Tant mieux pour nous, et nos leçons de choses.
Viens avec nous, petit frère... Ne crains rien, nous sommes gentils, nous ne te ferons rien : nous sommes courageux.
Une plume de perroquet
Un brin de ciboulette
Une fleur porte-bonheur
Une canette de soda
De la crème solaire
Un cristal de roche
Bien mélanger avec une cuillère en or
Faire chauffer jusqu'à ce que ça sonne
Elles montèrent au rez-de-forêt ; alors quelques étoiles convièrent un nuage, et la lune cligna son croissant, les genoux entreprirent de jouer des castagnettes ; le gnou se réchauffa parmi les hiboux, les cailloux jouèrent des maracas, les joujoux trompetèrent avec les paons, les poux, les canettes, les choux, et toutes les autres bêtes des bois caquetèrent légèrement jusqu’à ce que la nuit n’envoyât tout le monde se coucher. Sauf Grand-Père l’Arbre, qui s’était déjà assoupi depuis longtemps...
La souris verte partit négocier. On ne la revit jamais ; sans doute trempa t’elle dans l’huile. Ensuite, on envoya deux mésanges charbonnières apporter des cerises ; deux chacune. Les voisins acceptèrent le cadeau, bien que ce fussent deux taupes qui avaient mal entendu l’invitation.
Les voisins, dérangés, cognèrent au plafond avec un balai russe, puis, voyant que la fête continuait, appelèrent le garde-champêtre, les policiers, les douaniers, les gendarmes, et un avion à
réaction.
Arrivés
sur place, les forces de l’ordre furent impressionnées par Grand-Père l’Arbre, châtaignier plus ancien que les toutes les pyramides. Ils présentèrent donc leurs excuses, et demandèrent gentiment
une légère retenue au niveau des préjudices acoustiques, parce que les voisins s’étaient plaints, halala, les voisins…
Les cannettes s‘égayèrent sur leurs palmes pour une ronde emplumée autour de l’auguste ancêtre. Les hiboux réveillèrent la forêt en chantant « Debout, hou ! Debout, hou ! ». Toute la nuit commença à fredonner… Non seulement les hiboux, mais aussi les cailloux, les joujoux, les poux, les choux, les genoux et même un gnou, bien prononcé, frigorifié.
Tous les amis s’étaient rassemblés pour célébrer l’anniversaire de Grand-Père l’Arbre, un châtaignier plusieurs fois millénaire qui pouvait encore agiter ses vieilles
branches dépouillées aux rythmes des cri-cri, cui-cui, et autres grat-grat des petites bestioles.
J'ai faim. Des pâtes, tiens...
Onze minutes, les pâtes ? Quoi ?
Non mais ça va bien, oui ? Huit minutes suffiront. J'ai beau être Français, il y a des traditions sacrées à respecter, dans l'univers. Merde alors.
Bonjour. Il est bientôt huit heures. Je rentre du boulot. C'est la matin, et les alouettes chantent au-dessus du champ de blé qui s'étale au pied de mon logement. Le soleil inonde ma table de
travail à gros bouillon, me réchauffe le dos.. Mmm... Comme c'est agréable...
J'ai le plus grand jardin du monde : tout le Vexin rien que pour mes gosses : les matins frais nous emportent pour de longues balades, sur les petits chemins qui serpentent à flanc de
colline...
A chaque promenade, quelque chose de nouveau : des chevaux ont été mis à l'herbe, le rose d'orchidées rares mouchettent la pelouse, un crapaud alyte chasse à l'orée de son antre, le chapeau de
morilles n'attendait plus que nous, le lièvre nous file entre les jambes, un troupeau de génisses vient se faire
caresser la tête...
C'est très doux, une vache...
Quand je pense qu'il y en a qui ne pensent qu'à leur voir passer des épées au travers du corps... Oui, je comprends bien que les cuivres assourdissants, les uniformes rutilants, les paillettes
éblouissantes, le froufroutement des banderilles, l'excitation du groupe, la sauvagerie de l'animal, la vue du sang, la fièvre culturiste, l'odeur du cuir... puissent susciter de la fièvre, une
ardeur morbide et délétère, un peu comme celle qui exalta les foules de Nuremberg... J'exagère ? Je ne sais pas. Évidemment, le rapprochement est léger, car suscité par la colère,
l'incompréhension. Mais ces événements participent d'une logique analogue. La coutume a bon dos : si on veut aller par-là, avec ce raisonnement, par exemple, les Papous mangeraient encore les
missionnaires, de nos jours, non ? Quoiqu'en ragoût, le missionnaire, c'est très délicat, le gras se détache tout seul. Ou alors mieux : cuit sous la cendre, avec des patates douces, des petits
piments-oiseau, le on aura au préalable enrobé le religieux dans des feuilles de bananier... Vous m'en diriez des nouvelles, mmmm, ça donne un petit croquant à la peau... Miam ! Et puis
c'est la tradition, hein ?
Les pelouses calcaires sont désertes... Qui viendra ici, sentir croustiller avec nous le sel de la vie ?
Ils ne savent pas ce qu'ils manquent.
Tant mieux pour nous, et nos leçons de choses.
Hm... Il est tôt, encore, huit heures du matin... Debout depuis six heures... L'horizon ensanglanté annonce une bien funeste journée. Non, je dis cela seulement
parce que je suis en colère, grr, pff : j'ai très mal dormi, ces derniers temps ; réveillé, hier matin d'une part, par mon voisin qui joue de la tronçonneuse à dix heures du mat
(on se demande un peu !), et cette nuit par des rêves inconfortables et la gamberge qui en résulte. J'aurais dû prendre un cacheton qui m'aurait aidé à glisser dans les bras de qui vous
savez*, mais bon. Lire ? Non : ça m'empêche de dormir, on peut pas faire deux choses à la fois. La sophrologie ? Je sais pas ousque j'ai perdu la cassette. L'alcool ? Il me donne la
nausée.
Oui, le travailleur de nuit a des problèmes de gestion de sommeil. J'ai appris, pourtant, mais cette fois j'ai tété dépassé.
C'est beau, néanmoins, le spectacle de la nature qui s'éveille : mon grand (cinq ans aux nèfles) me demandait l'autre jour, en attendant le car scolaire, parce qu'ici, on est à la
campagne :
Merci Mrcafe pour la
photo
"- Pourquoi est-ce que le ciel, il est rouge, le matin ?
- Ha. Hm... Qu'est-ce que tu préfères connaître ? La cause magique, ou la vraie cause ?
- La cause magique.
- Alors : on dit que, si, à l'aube, qu'on appelle aussi l'aurore (...)
- Je connais une fille qui s'appelle Aurore, à mon école !
- Une fille de ta classe ?
- Non, elle a changé d'école.
- C'est un très joli prénom, en tout cas. "Petit matin"...
- C'est comme un nom d'Indienne ?
- Oui. Bref, si le ciel est rouge, c'est parce qu'il y a la guerre quelque part : c'est les sang des innocents qui colore les nuages.
- Mais le ciel est rouge tous les matins !
- C'est qu'il y a toujours la guerre, quelque part...
- Et qui c'est qui gagne ?
- C'est pas nous, en tous cas."
Mouais. Je me demande si c'est le genre de conneries à raconter à un gamin de quatre ans et demi. Mais je suis partisan de dire la vérité aux enfants.
"- Et pourquoi il est rouge, en vrai ?"
C'est vrai qu'il y a une vraie raison. Et de partir dans les explications de la composition de la lumière blanche, petit exemple de l'arc en ciel, la loupe, la diffraction, bref, il n'y a que le
rouge qui passe selon l'inclinaison de la terre. C'est scientifique. Je me suis un peu embrouillé, parce que la science ne laisse que peu de place à la poésie dans sa démonstration.
*De Morphée, vous pensiez à qui ? Seulement, je n'aime pas les expressions toutes faites. Confucius disait : "- Méfie toi des expressions toutes faites. Confucius, ou
Steinbeck ? Je sais plus.
"- A quel âge est-on vieux ?
- Ce sera comment ?
- Ça sera quand ?
- Serons-nous vieux
Quand tu seras mort ?
- Quand nous serons morts,
Toi,
Tu seras vieux ?
- A quel âge on est vieux ?
- A quel âge on est mort ?
- Et c'est comment ?
- Et c'est quand,
Qu'on est mort ?
- Et qu'est-ce que tu feras,
Quand tu seras mort ?"
"- Hm. Mes chers fistons...
J'écris pour vous.
Pour vous alors
Je ne serai jamais mort."
LA PHILOSOPHIE D'EPICURE
Epicure méritait VRAIMENT ce pied de page.
Vous commentâtes