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HUGGYHOME

LE TROISIEME HOMME

31 Janvier 2007 , Rédigé par Seb

Comme sur un monde qui naît, les météores ne nous détruisent pas ; mais elles nous enrichissent et nous complètent. « Ce que je sais, c’est que je ne sais rien », disait l’autre, habile discoureur, à plus savant que lui.

C’était la citation de la nuit, mais en fait, on va parler de politique, enfin, de mon vote. Encore trois mois.

Les anarchistes ne votent pas, par principe, puisqu’ils sont contre le système parlementaire. Quand j’étais à la fac, j’étais tenté par l’esprit libertaire, le droit à la paresse, l’égalitarisme, tout ça… J’étais punk. Je buvais de la bière en apeurant le bourgeois. Et puis j’ai connu le témoignage de mon grand-père Ramon au sujet des anarchistes –je ne sais pas comment mettre les accents toniques depuis mon clavier français… De toutes façons, mon grand-père il était Catalan, et en Catalan, on n’écrit pas les accents toniques.

Au village, ils avaient fait la révolution. Il était le représentant de ses camarades, une sorte de maire, quoi, et ça se passait plutôt bien. Un jour, des anarchistes sont descendus de Barcelone, en réclamant de fusiller les individualistes. Ici, on ne fusillait personne, et il n’y avait pas de nationalistes dans ce village-là ; il fallut que Ramon négocie longtemps. Pas commodes, des gars qui aimaient l’odeur du sang. Au final, ce sont les anarchistes qui se sont fait épurer. Par les communistes. C’est ça la guerre civile, c’est très compliqué, tout le monde est l’ennemi de tout le monde ; tu me diras, c’est aussi l’occasion de faire la peau de son voisin qui écoute Johnny Hallyday trop fort ou du cousin auquel on doit de l’argent, c’est selon les goûts et les besoins. Bon bon bon. Pas de guerre civile. Vous avez déjà vu des petits noirs avec des kalachnikov grosses comme eux ? Non, mais je veux dire, de près ? Franchement, si on pouvait éviter ça… Moi, j’aime bien la révolution, surtout quand elle est non-violente. Je me suis disputé un jour avec un copain, un ami, même. Je lui parlais du Mahatma Gandhi, agitateur non-violent notoire, et il me parlait d’Indira Gandhi, la fille de Nehru, présidente de l’Inde et autocrate sanglante en fin de carrière. C’était à celui qui parle le plus fort, on allait en venir aux mains, c’est pas Dieu possible d’être borné comme ça ! Soudain, nous réalisâmes l’erreur sémantique qui nous opposait : nous essayions de faire entrer des carrés dans des ronds ; je lui tombai dans les bras et il me paya une autre bière.

Bon. Je ne suis pas anarchiste.

A mes vingt ans, on m’a demandé de faire nombre sur une liste d’extrême gauche : aux méchouis, on parlait de collectivisation des infrastructures, de lutte contre le fascisme, d’infiltration des appareils… On déployait souvent les banderoles ; c’était pour les municipales. Je militais aussi à AC !, j’étais à la ligue de droits de l’homme, c’était Laurent Fabius le chef de la section. En fait, la tête de cette liste trotskiste  avait envie de me péter la rondelle, mais ça, je l’ai su plus tard. C’est complexe, les mouvements trotskistes : il y en a plein, ils se détestent entre eux, ils ont le sens de la nuance… On était censée réduire le score du FN, j’avais pas bien compris l’argumentaire, mais c’était là qu’on était censés piquer des voix. Six virgule n pour cent, qu’on a fait. Ha ! Si on était contents, mieux que le PC, dis donc ! Le FN ? Trente pour cent, à peine. Une fois qu’on eut fini les élections, je retournai à mes affaires. Je ne suis pas trotskiste non plus.

Un jour, j’avais dans les dix-huit ans, je vais à la fête de l’huma. Bonne pomme, je me fais signer par un camarade qui recrute pour le parti. Chiche ? Me voilà t’il pas quinze jours plus tard à arpenter la campagne, sous la pluie, à tracter les boîtes aux lettres pour la cellule, et que je vais avec les camarades vendre l’huma au porte à porte… Moi, j’ai beau être n normand, faut quand même pas exagérer, militer,je veux bien, mais sous la pluie, ça va bien cinq minutes. C’est l’inconvénient, quand on prend sa carte à la fête de l’huma, le mois de septembre. Et puis dans les réunions, on n’aimait pas trop les écolos piqueur de voix, on était pro nucléaire ; mais j’étais un enfant de Tchernobyl, moi ; le jour de Tchernobyl, j’étais en Allemagne, c’était la panique. Je ne m’inquiétais pas pour mes parents, vu que le nuage s’était arrêté à la frontière française, mais en Allemagne, là, on n’osait plus sortir, avec cette saloperie au-dessus de nos têtes. Bref : je faisais tache dans la cellule. Je ne voterai plus PCF, même si je les estime encore.

C’est vrai que je m’étais toujours senti concerné par l’écologie, j’étais le genre à clouer des nichoirs et à espionner tout ça à la jumelle. Et puis j’avais eu un prof d’histoire que je détestais et qui se revendiquait royaliste, qui nous tançait, c’était à cause que le KGB nous manipulait. Qu’il n’y avait pas eu de génocide des peuples d’Amérique, techniquement parlant. Que les USA auraient bien fait d’atomiser hanoi ! C’est bien. De nous méfier de Greenpeace, surtout. Dangereux terroristes, qui faisait le jeu de l’Union Soviétique. C’était 1989.

Pourtant, Greenpeace, à la télé, quel courage, quelles actions ! Ça, c’est de la résistance, de la non-violence à grand spectacle, bien musclée ! Et quelle com pour la cause ! J’ai souvent voté écolo, dans les années où je voyageais avec l’association. Cordoba, Minsk, Istanbul… Je retournais en Afrique, c’était pire qu’avant. Bon. Je votais Verts, j’avoue. Mais aujourd’hui, dans l’écologie politique, il y a les œufs, la farine, le lait, le beurre, le sucre, une pincée de sel, une goutte de fleur d’oranger, et tout le monde veut faire les crêpes. Tendance zanimos, commandos, Maos, bobos, zen-macrobios… Déjà, la dernière fois, je les avais laissés tomber pour le facteur. Ensuite j’ai voté socialo dès le premier tour. C’est bien ce que je me promettais de refaire aux présidentielles de cette année. J’étais même enthousiaste à l’idée de donner ma voix à une femme qui pouvait battre la droite ! Cependant,je la sens plus trop, la Ségo, depuis quelques semaines, mais bon, j’attends ses discours, son programme (11/02) j’aimerais réentendre Jaurès, Blum, sans barbes ni moustaches… On peut rêver, non ? On en a le droit. Elle EST socialiste, me dit-on en mettant bien l’accent tonique, encore lui. Ah ? Si elle le dit, tu peux la croire ! Ou pas, que je réponds-de-normand. J’attends.

Il y a qui, sinon, qui se présente ? Pour qui est-ce que je pourrais voter ? Bon, pas pour Le Pen ni Villiers, c’est évident, je ne suis pas xénophobe, ni catholique intégriste, et surtout pas d’extrême droite. Il faut pas croire tout ce qu’on raconte à mon sujet, je ne suis pas du tout fasciste, j’aime pas qu’on me casse les couilles, c’est tout. Ou alors (césure), je pèche par ignorance. Toujours est-il que ma voix ira toujours contre, dans l’isoloir. Ensuite. José Bové, je suis cent pour cent avec lui, mais en tant que syndicaliste. J’en lis des agitateurs qui se repaîtraient des incendies allumés par l’autoritarisme de M. Sarkozy. Brr. Bearp ! Non. Pas M. Sarkozy. Jamais. Pas moi.

Bon. Finalement, je crois que je vais prendre une carte à l’UDF. Je n’ai plus que ça à faire.

François ! Bérou ! François ! Bérou ! François ! Bérou !

 

 

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seb 01/02/2007 14:12

Bayrou a plusieurs fois fait preuve de courage, malgré ses grandes oreilles et son programme économique "libéral". Rien que pour avoir survécu à l'OPA du RPR sur l'UDF, je lui tire mon chapeau. On a le dropit d'avoir de l'estime pour ses adversaires, aussi. Non ?

gzavié 31/01/2007 17:58

ah Bayrou... c vrai quécrit comme ça Bérou, ça me fait penser au fumeux concept économique NAIRU (not accelerating inflation rate of unemployment), un indicateur merdique que manie avec zèle les libéraux... en gros, ce concept des années 70 (mais toujours une référence implicite) pour justifier l’idée qu’il est impossible de faire baisser le chômage en dessous d’un certain niveau (le Nairu, parfois appelé taux de chômage naturel) sans relancer l‘inflation. Mais cette considération-là est chahutée par la réalité (cf. éco des states avec peu de chômage et peu d'inflation, comme quoi)... si y'en a que ça intéresse, sait-on jamais, cf, entre autres http://lenairu.free.fr ou encore http://lenairu.blogspot.com/

Bref une chose est sûr même si Bérou n'est pas Madelin (tiends donc, on en parle moisn de lui, il a certainement rejoint le camp sarkoziste), en fin pêcheur, il ne renierait pas le NAIRU... Seule idée valable dans ce que j'ai pu entendre de sa bouche, c'est cette critique des médias dominants qui à eux seuls ont déjà décidé de qui serait au deuxième tour... cf. http://www.acrimed.org/article2435.html

Chris 31/01/2007 17:50

Bon on peut encore avoir un candidat de dernière minute. Comme tu dis Seb on peut rêver. En ce moment question vote je me sens assez "tête de lard", prête à voter pour le premier inconnu qui passe. J'ai pas envie de donner ma voix à l'un des guignols actuels. Ségo, j'aurai voté pour elle les yeux fermés, mais je sais pas depuis quelques temps je la sens pas non plus.

Pinaise ça va encore être simple cette histoire! D'ici à ce que le Chi se réprésente en tant que sauveur de la patrie!

Hemipresente 31/01/2007 16:27

Merci.
Je pourrai pas voter pour Bérou. Pourrai po. Viscéral. Ségo ca va être dur. Mais la trouille du Jospin 2 va quand meme me faire aller voter, sûr de sûr, mais à reculons et "utile". Apres m'etre fait enfler en votant Chirac la derniere fois parce qu'il le fallait bien, vais me faire réenfler en votant utile et en voyant toujours pas mes idées au pouvoir. Et le bipartisme s'installe et ca me pete les c....

ecnerolf 31/01/2007 16:19

MOI ? Heu... C'est une rencontre entre un homme et un peuple, comme disait l'autre.
Pas mal la nouvelle photo hémi !