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Bonnet d'âne pour le maître

11 Septembre 2006 , Rédigé par Seb Publié dans #PERSONNELLEMENT -MOI - JE

Nous avons tous eu, au cours de notre scolarité, un ou des enseignants qui savaient nous faire aimer leur matière, des instits qui adoraient leur métier, droits, attachants, des adultes qui nous respectaient. Ainsi que ma collègue Foxx, (elle aurait pu choisir Zorro) je leur rends hommage, mais là n’est pas mon sujet.

Au contraire.

Ici, je vais vous parler de M. Laforgue, qui réussit le tour de force à me dégoûter à la fois de l’école et de la veulerie des adultes. Je cite son nom sans vergogne : il ne m’a pas épargné non plus. Hé hé hé : basse vengeance, car il était mon maître en CM2, et si moi, je prends de la bouteille, l’individu, à l’heure qu’il est, doit être un vieillard décati, s’il ne repose pas six pieds sous terre ; il aurait eu souffert d’un paludisme contracté lors de je ne sais quelle guerre coloniale, ça lui donnait une excuse pour être fainéant. Moi je dis : on devrait interdire aux enseignants de partir à la guerre. Avec lui, j’ai appris la tricherie, la fumisterie et la paresse.

Je me souviens du premier jour dans cette école de campagne : mon pire ennemi, cancre habituel, la terreur de la classe, exigea que je devienne son voisin de table. S’il était mon concurrent intime, c’était parce que, même si j’avais toujours vécu au village, mes parents étaient des étrangers, et au village, les étrangers, on ne les aime pas. Mes vieux venaient de la ville, à 15 Km de là, imaginez... D’un autre département, du 76, du bout du monde, de l’autre côté de la Terre. C’est bien connu : les 76 conduisent mal, ils sont impolis, ils viennent ôter le pain de la bouche des 27. C’est comme ça, c’est la France, c’est l’esprit de clocher, incarné de nos jours par M. de Villiers, c’est bien lourd, bien con. Et puis j’étais le premier de la classe, et ça, pour un péquenaud illettré ET analphabète, c’est inadmissible. Moi, innocent, j’ai pensé qu’il avait décidé de devenir mon ami et que notre antagonisme s’était dilué dans de bonnes résolutions pendant les vacances… Jusqu’à ce que j’arrive en CM2, j’étais toujours le premier en classe. Toujours. Il en faut un comme ça, et c’était moi, on ne choisit pas. J’aurais dû me méfier : c’était seulement pour copier sur moi. Emmanuel, c’était son prénom, était premier en sport, il aurait pu s’en contenter, non ? Il était destiné à devenir agriculteur, comme son père, il n’avait pas besoin des lettres, et alors il aurait pu me laisser tranquille, ça ne lui aurait pas coûté plus cher, si ? Mais bon.

Revenons à Laforgue. Plutôt que de se casser le tronc à corriger nos copies, il nous laissait nous corriger nous même, en se contentant de nous demander nos notes à la fin des interros. Il n’aimait pas se fatiguer. Il suffisait de remplacer la mine de son stylo vert par une mine de stylo bleu et les notes de l’ensemble de la classe étaient aussitôt excellentes. Je ne me privais pas. D’ailleurs, je me demandais pourquoi mon horrible voisin de pupitre s’obstinait à copier sur moi, il pouvait se donner la note qui l’arrangeait, après tout. Un jour, excédé, j’ai décidé de cacher ma copie sous mon bras, ç’avait assez duré. Ça ne plut pas à l’imbécile : nous commençâmes à nous castagner, et que croyez-vous que le maître fit ? Il nous sépara et m’envoya passer le reste de l’année au fond de la classe près du radiateur, sous la fenêtre ; c’est là que j’ai découvert que j’aimais regarder les oiseaux sur les fils électrique. Au moins j’étais tranquille.

Il nous faisait tondre sa pelouse. Quand il revenait, il demandait au cancre si tout le monde avait bien travaillé, lequel répondait que oui, sauf Clivillé (Clivillé, c’est moi) : j’étais châtié, malgré mes protestations et même si j’avais travaillé autant que les autres.

Laforgue était logé dans l’école, au-dessus de la classe, c’était la campagne ; il disparaissait pendant des heures les jours où il y avait sport à la télé : foot, JO, Wimbledon, pétanque... Quand il revenait, il punissait tout le monde, à tout hasard : il avait entendu chuchoter. J’ai découvert bien plus tard que la Convention des Droits de l’Homme de 1948 interdisait les punitions collectives. Je me disais bien, aussi, que c’était injuste… Imagine qu’un de tes voisins aie grillé un feu et que l’autorité décide d’enlever deux points sur le permis de tous les citoyens de la rue : pareil. Mon grand fiston vient de rentrer à l’école maternelle ; encore quelques années et un béotien lui infligera sa première punition collective. J’attends ce moment avec impatience… J’arriverai, Fanfan la Tulipe, monté sur les Grands Principes. Non, mais sous prétexte qu’on est un enfant, on devrait s’asseoir sur les Droits de l’Homme ? Pas d’accord. Trop de majuscules. A l’école publique, en plus ! Et les  Droits de l'Enfant, c'est du poulet ?

A force à force d’être verbalisé pour de mauvaises raisons, un jour j’ai refusé de rendre ma punition (une lecture à recopier) ; il a doublé la mise. Tout comme le lendemain, et le surlendemain… Au bout de 28 fois, la punition n’a plus doublé mais  j’ai été collé pour le trimestre entier; à toutes les récrés, j’étais censé travailler à ma sanction. J’allais me planquer dans les chiottes. Les copains me proposaient bien de m’aider, ils avaient besoin de moi au foot, j’étais pas mauvais. Mais moi, non : mauvaise tête. Je ne dis rien à mes parents et j’étais mal mal mal. Ce sont eux qui on réglé le problème.

Je n’ai plus jamais été le premier de la classe, sauf en Français, mais le Français, je l’aimais.

M. Laforgue, vous fûtes un mauvais maître.

 

Le dernier jour de l’année scolaire, c’était les Jeux Olympiques : toutes les écoles du canton s’affrontaient dans des épreuves sportives sur le grand stade du chef-lieu, moi j’avais choisi foot et endurance. Tous les mômes de la région étaient dans les gradins, j’étais impressionné : il fallait briller. Mon adversaire abhorré avait choisi les mêmes épreuves.

Pan ! Le départ est donné. Je courrus, je courus. Devant moi, le dos courbe et la nuque épaisse d’Emmanuel. J’avais beau me donner à fond, il restait juste devant moi, l’immonde. A mi-course, comme on dit dans le jargon, je lançai la patte et pourquoi le taire ? Le cul-terreux se retrouva par terre. Je l’enjambai, radieux, je finis huitième, devant lui. Et au foot, ma magnifique reprise de volée logea le ballon au fond des filets et donna la victoire à moi et mes copains. Hosanna au plus haut des cieux ! Justice !

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Truc 13/09/2006 15:49

La philo c'est vraiment intéressant quand on est adulte. Si j'ai une lecture à conseiller pour réussir le bac, c'est bien l'apologie de Socrate. En plus, c'est un petit chef d'oeuvre de littérature.

marie 13/09/2006 09:36

j'en ai jamais fait de la philo, virée de cours pour l'année après le premier cours de terminale. du coup, je m'en vois pour suivre avec quentin cette année.

seb 13/09/2006 09:26

Aux oraux de philo, les examinateurs nous laissaient choisir le sujet et disposer de tous les documents nécessaires. Pas facile de frauder dans ces conditions.

gzavié 11/09/2006 20:44

Perso, c'est en terminale que je rencontrais une prof de math qui nous invitait également à nous autocorriger... et, donc, c'est beaucoup plus tardivement que j'appris à manier le jonglage entre style bleu et rouge... elle interdisait pas même les stylos quatre couleurs... trop facile la triche. ça c'était pour les interro portant sur les cours, en général mes notes culminaient entre 17 et 19 sur 20. En revanche, les devoirs sur table, pas folle non plus la vieille, elle se les corrigeait elle... et là, je devais avoir en moyenne entre 3 et 7 sur 20...
pour finir (et parce s'il y a les pompés il y aussi les pompeurs, si vous me permettez), un jour, ça devait être un bac blanc, avec un dispositif rapproché de surveillance. Je pompais comme un mal-propre sur mon camarade d'à-côté, autant vous dire que j'avais entrepris de longue date de séjourner à ses côtés pendant la dite épreuve. Comme je m'y étais également préparé (au point que je n'en étais point surpris), je ne compris rien à rien des énoncés, de ce sur quoi il fallait plancher. un âne en math je vous dis. je guignais alors sur la feuille du voisin, particulièrement disposé à m'aideret à me sortir de l'indigence de mon raisonnement mathématique. Trop cool ce nicolas, ilme facilitait le travail, me rapprochait avec bienveillance sa feuille. Mais la pionne avait vu la manège et n'avait pipé mot... je la voyais qui me voyais faire et je croyais qu'elle faisait comme si elle ne voyait pas. foutaise. Pas si tôt les copies rendues, qu'elle se fit un malin plaisir de me dénoncer auprès de ma prof principale... laquelle s'amusa à comparer les copies (et, parait-il, je ne savais même pas pomper intelligemment,manquerait plusce savoir-faire soit inscrit dans les programmes). Je fus alors moi aussi collé.

grrrr 11/09/2006 17:29

C'est pas dans les camps qu'il fallait se regarder les pieds sous peine de châtiement ?