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Bretagne 1977

19 Avril 2009 , Rédigé par Sébastien Clivillé, Hagaär Dünor, Totoseb, the Toxic Avenger Publié dans #BIOSPHERIQUE

Je suis vraiment content... Quand j'y pense, me voilà qui me trémousse sur ma chaise – si je suis assis. Dans quelques heures, je vais m'ouvrir une petite parenthèse bretonne, et ça me met en joie. Je pars quelques jours avec mes garçons, et ça tombe franchement bien, j'avais besoin de vacances, comme quoi... Le hasard fait bien les choses.

Pardon ?

On me souffle en coulisse que le hasard n'existe pas.

Je veux bien, mais surtout du point de vue mathématique. Et psychanalytique (2 Y, une performance).

Bref.

Tu me diras... On a toujours besoin de vacances, non ?

Voilà l'affaire : le web, c'est aussi une affaire de rencontres. Ben oui, les réseaux sociaux, les blogs, tout ça, ça se passe de toi à moi, non ? Un jour, j'ai lancé un recueil de poème dans la boîte d'un éditeur, il m'a répondu que c'était ok, on a correspondu un peu, et voilà t'il pas qu'il siège en Bretagne, à Douarnenez, tout à la fin de la terre là-bas là-bas là-bas, tu peux pas aller plus loin sinon tu tombes des rochers et tu te noies, les vagues sont très fortes surtout à marée haute.

C'est là le but de mon voyage.

Je vais rencontrer Philémon et les autres, je vais voir l'atelier et puis passer du bon temps de Breton avec mes gosses, on va respirer l'air marin, ça va nous faire du bien même si tous les trois avons déjà les joues bien rouges...Philémon, un prénom qui chante comme une invitation au voyage.

Je m'arrêterai à mi-chemin, à Saint-Malo, rendre une petite visite à Chris, le collègue, là, celui qui fait cette petite poésie sautillante et légère comme une bolée de cidre doux. Il m'a tellement bien accueilli au téléphone que je suis impatient de l'approcher dans le réel.

De la Bretagne, je n'en connais que les clichés, en gros. Pourtant, nous sommes voisins. J'y suis souvent allé, mais toujours en short et socquettes... Je n'ai que du bien à dire au sujets des Bretons, quoiqu'il ne faille jamais généraliser. Peut-être ceux que j'y trouverai me sacrifieront-ils à Toutatis sur la pierre froide d'un dolmen, peut-être me feront-ils frire comme un vulgaire saint-paulin ? J'ai jamais vu un korrigan.

La première fois que je suis allé en Bretagne, j'avais six ans, autant qu'il m'en souvienne. 1977, je crois. Au Guilvinec. Quand je repasse dans la rue, je reconnais le portail de la colo. Ma première colo... On voyait encore passer des Bigouden. Ça c'était chouette !

C'était l'époque de l'Amoco Cadiz, petit, ça m'avait vraiment choqué, ces images d'oiseaux mazoutés, de la population luttant à la pelle contre cette saleté pâteuse... Mon premier sentiment de révolte contre la société, je crois. Je me souviens d'une fresque au mur de la chambre de Valérie : « Finalement, les oiseaux préfèrent le nucléaire », était-il peint en noir.

Je ne suis pas forcément d'accord, je préfère ne pas choisir. Je préfère la centrale marémotrice de la Rance.

On ne se baignait pas souvent, le climat ne s'y prêtant pas toujours, malgré l'été. Il faisait tout de même beau, plusieurs fois par jour. 

C'est le pays des arcs en ciel.

J' y portais des bottes, je ne portais qu'elles, sans chaussettes. Je les portais tous les jours, d'ailleurs : c'est bien plus pratique que les baskets ; quand on a six ans, c'est bien difficile de faire ses lacets out seul. Ça ne semblait choquer personne, ça faisait rigoler les monos, plutôt. Je crois qu'ils s'en foutaient. Ils fumaient des clopes et nous donnaient des feutres et du papier pour avoir la paix. C'était une colo de la CGT. 1977.

Le dortoir était immense, j'avais mon pieu près de l'entrée.

Jai toujours une lettre de ma cousine Nathalie qui me demandait si je pêchais des crevettes. Je crois bien que non.

Gris, le dortoir, et les douches, collectives, carrelées et très brunes. Très chaudes, très sales. Lits en quinconces, mon armoire de chantier peinte en beige.

Les pleurs de ceux auxquels manquaient leurs mamans, au coucher. A moi aussi, ma maman me manquait, et mon papa, et Couic, aussi, mon chien bâtard noir, poitrail blanc, celui dont le but dans la vie était d'engrosser toutes les chiennes du village, le coquin, un véritable obsédé. Mon père a toujours refusé de l'attacher, et comme on n'avait pas de clôtures, dans cette ferme qu'il retapait avec mes frères, mes cousins et mes oncles. Il disait : « Couic, tu bouges pas ! Tu restes ici ! »... Lui, le chien, oreilles basses, la queue entre les jambes, se traînait le ventre au sol de soumission... Satisfait, papa repartait vers ses truelles et sa pioche, et le cabot en profitait pour se carapater, irrésistiblement attiré par l'odeur puissante du rut de ces saprées fumelles, saaaaaaaaaloopes ! Ça faisait pas mal de problèmes avec les voisins, sans compter les chardons en fleurs, que les chèvres ne mangeaient pas. Elles préféraient les feuilles des arbres, et leurs branches, et leur écorce...

Oui, je crois bien que j'ai pleuré tout ça, une fois, à la colonie... Heureusement, Malou, ma jolie et si gentille animatrice avait su me consoler.

Six ans, c'est jeune, tout de même, pour passer un mois seul, loin de son foyer.

Je ne me souviens pas des copains autrement que comme d'une masse tonitruant des chansons paillardes, tu les verras p'us, les poils de mon cul...

Un jour, mes parents, qui traversaient la région comme par hasard, étaient passés me prendre pour une petite virée, alors ça, c'était vraiment une bonne surprise (et puis le colis de bonbons que m'avait envoyé ma marraine. aussi c'était une bonne surprise). Après avoir mangé quelques galettes, nous étions allés découvrir la Pointe du Raz : « Papa, pourquoi ça s'appelle la Baie des Trépassés ? ». Maman, qui savait pourquoi, était restée en arrière, toute tremblante, pendant que papa et moi étions allés nous pencher à la falaise, au dessus des flots menaçants, de ces vagues gigantesques qui éclatent contre les granites, lumineuses, rugissantes... Je n'avais pas peur, j'étais fier de mon courage, parce qu'en vérité ça faisait très peur, mais avec mon papa je n'avais peur de rien.

C'est depuis ce jour-là que j'aime les embruns, le parfum de l'air iodé, je crois.

J'ai encore un peu pleuré quand ils m'ont rendu à la CGT le soir, et puis c'est vite passé.

Le dernier jour de la colo, il y eu une grande kermesse, des ballons, de la musique, et surtout une planche à savon ; les bottes, sur le bois savonné, ça adhère mal : je me suis ramassé la gueule (j'avais enrichi mon vocabulaire) comme une merde et je me suis fait vachement mal à la main, tiens, pour moi, la fête était finie : j'ai encore mal, rien que d'en parler. Ah oui, ça, c'est certain, on a vraiment changé d'époque... On n'était pas surprotégé comme aujourd'hui, on pouvait encore facilement se casser un os ou s'électrocuter, on ne voyait pas le meme mal partout, en 1977...

Quand même, j'étais content de rentrer en Normandie : j'ai enfin eu pu enlever mes bottes en caoutchouc.

Bon. Je pars mardi

J'apporte le fromage !

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Heureuse 01/05/2009 19:40

Aaaah.. Ces rencontres blogotiques... Quoiqu'on ne dise l'envie de les voir pour de vrais ces potes-là elles nous titillent un jour. Rencontrer quelqu'cun qu'on connaît bien en dedans mais pas du tout en dehors je trouve ça toujours déconcertant, surprenant. Mais avec un sacré de "revenez-y".Tu sais ce que m'ont dit des Bretons? Heureusemnt qu'il pleut tout le temps en Bretagne sinon tout le monde voudrait y vivre!

Sébastien Clivillé, Hagaär Dünor, Totoseb, the 02/05/2009 17:49


Heureusement ! Ils ont raison !


marich 25/04/2009 08:45

" Les jolies colonies de vacances " !!!!! Bonne oxygénation au bout de la terre !!!!

Sébastien Clivillé, Hagaär Dünor, Totoseb, the 28/04/2009 18:52


Ha ! C'était bien !


alphomega 23/04/2009 00:13

Bonne virée en Bretagne. Depuis 77? Ça a ben changé depuis c'temps là. Le pétrole est tellement cher qu'ils préfèrent le garder dans leurs pétrolier. C'est bien fini le temps du partage.

Sébastien Clivillé, Hagaär Dünor, Totoseb, the 28/04/2009 18:38


L'individualisme forcené....


danyboy 22/04/2009 22:33

Hello SebMerci de me rappeler mes dernières vacances avec ma douce cet été...on s'est gavé d'huîtres.. putain que c'était bon!!!Bonne fin de semaine et merci pour tes votes et tes passages chez moi @mitiés

Sébastien Clivillé, Hagaär Dünor, Totoseb, the 28/04/2009 18:37


C'est apaisant la Bretagne, non ?


Corn-Flakes 20/04/2009 13:16

Je ne sais pas si c'est moi, mais j'ai l'impression d'entendre parler de la bretagne sur une majorité de blogs ces temps-ci. Embrasse kris de ma part, et passe sur Rennes au passage, que je te sacrifie proprement à Toutatis.

Sébastien Clivillé, Hagaär Dünor, Totoseb, the 28/04/2009 18:16


La Bretagne, c'est tout de même la plus belle région du monde. C'est normal !