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DOUZE SECONDES 4

18 Avril 2006 , Rédigé par Seb Publié dans #NOUVELLES

Je suis le plus jeune des quatre frères, né respectivement treize, quinze, dix-sept ans après eux.

Mon frère avait lancé son affaire au moment de mon arrivée à Paris, c’est lui qui m’hébergeait.

Je désertai la cuisine ; le rouge au front, car je laissais mes frangins dans une situation compliquée. Le restaurant ne décollait pas. Cette aventure du Petit Pré –rue de Bellevue, m’a appris le vrai sens du mot fraternité. Nous étions main dans la main, même, et surtout, dans les pires instants, jamais nous ne nous sommes disputés, faits des reproches, rien du tout. Des matelots dans la tempêtes, des poilus dans la tranchée… Des frères. On a parlé de l’enfance. On a fait beaucoup de chemin ensemble. Mais, après un an à ce régime, j’étais vraiment fatigué, je n’arrêtais jamais, quand je ne travaillais pas au restaurant, j’étais parti pour Crcrdia ; je ne me suis jamais couché avant la fin de la nuit, toujours en bagnole, en réunion, en train, en soirée, en avion... Quinze, seize heures par jour, j’étais sur le pont. Mais j’aimais ça, foncer tout le temps, je mobilisais des gens, je surfais sur les grosses vagues, mon journal, les traductions, la rédaction des brochures, les inscriptions, les stages de préparations, les meetings au bout du monde... A Crcrdia, je côtoyais des dizaines de personnes dont je partageais les valeurs. Il fallait que je m’engage encore plus, que j’aille vivre ma vie de militant, simplement. J’avais peut-être de l’avenir dans la profession.

Mes frères approuvaient ma démarche, ils me souhaitaient bonne chance. Nous partageons les mêmes valeurs. Seul le cuisinier m’en voulut, mais il était si harassé qu’il en voulait à la terre entière.

Il faut savoir saisir sa chance. Moi, en sautant à pieds joints dans l’association -j’ignorais que j’allais m’y vautrer jusqu’au cou, j’avançais dans la vie..

Pendant quelques mois, j’eus le loisir d’organiser la saison comme me l’avait enseigné Maître Duvert, dont on avait quelques nouvelles épisodiques – il était devenu pêcheur au large, piroguier, si j’avais bien compris ; un copain qui nous avait transmis son message. En outre, et surtout, je crois qu’il en avait plein les bottes de Crcrdia et de son conseil d’administration un peu mégalo. Mégalo… ou exigeant. J’étais l’émanation de Philippe, son avatar… Pour agir, j’avais tendance à faire comme je croyais qu’il aurait fait, de faire comme je pensais que c’était le mieux, comme j’en avais envie. Un tapis d’aventures se déroulait sous me pas, je savais où j’allais et ce que j’allais obtenir.

 

J’emménageai donc avec ma charmante camarade dans vingt mètres carrés rue de Torcy, entre Place de La Chapelle et Porte de la Chapelle, vers Gare du Nord, voilà, au-dessus d’un café chinois, à cent pas d’un centre de méthadone… Entre mon bureau à Bonne-Nouvelle et mon nouveau domicile, j’étais servi en toxicos… J’évitais de leur adresser la parole sans nécessité, certain se piquaient dans les escaliers du métro ; peut-être tout Paris était-il tombé dedans, après tout. C’était 199… La génération came triste. Ça ne me regardait pas, mais je connaissais ces yeux de loups… Dans une de mes vie d’avant (que je raconterai sans doute dans un autre chapitre de ce blog, vu comme je suis parti), j’avais partagé leurs délires et je savais qu’ils menaient une existence des plus dangereuses. J’en étais sorti presque indemne, et désormais leurs regards glissaient autour de moi sans s’arrêter : j’étais en pleine forme, je n’avais peur de rien, j’avais confiance en moi  ;  je n’étais pas une proie.

 

Chez Crcrdia, depuis le départ de Philippe, j’étais donc sans chef.

A un moment quand même, ils ont lancé un recrutement pour m’en trouver un : c’était des bénévoles qui étaient chargés de représenter l’association depuis plusieurs mois, c’était vraiment beaucoup de boulot pour des gens, même désintéressés, souvent désintéressés -  bien qu’on trouve toujours des individualités égoïstes qui pensent d’abord aux privilèges bénéfices de leurs fonctions, mais dans l’ensemble j’étais très content d’être là, j’avais l’impression de faire avancer le monde dans le sens où j’aurais aimé qu’il tourne, concrètement, c’était de l’écologie, de la responsabilité, de l’art, des ponts jetés entre les hommes, du souci de l’autre. Au début, je me suis quand même demandé si je n’étais pas tombé dans une secte chez les Brigades Maoïstes ou quoi, mais non : pas d’argent détourné, pas de mystique, ni d’universalisme, de paranoïa… Ce qui m’avait interpellé, c’était le style de vie communautaire, le logement en groupe, le partage des tâches, les décisions en commun… L’absence de chef. Après j’ai compris que c’était les anciens hippies qui avaient pérennisé leur façon de penser, parce qu’on parlait comme ça et qu’il faut vivre avec son temps. Plutôt que de végéter à faire pousser des chèvres, ils avaient investi de vieilles assos de pseudo-scouts, et ils en avaient fait des outils de leur idées révolutionnaires…

Un jour, donc, j’ai eu un chef. Une cheffe, si on doit féminiser comme dit la loi. Je l’avais si bien briffée au téléphone sur les tenants et les aboutissants de l’assos, qu'elle avait passé l’entretien et conquis le poste. J’aurais pas dû, parce qu’on s’est trouvé antipathiques dès le premier abord. Peut-être une affaire de phéromones antagonistes, on n’a jamais pu se piffer. Elle coloriait tous ses dossiers au stabylo, tandis que j’avais un unique cahier où je raturais ce qui était fait. Elle avait l’air perdu et je savais ce que j’avais à faire. J’étais sans doute bouffi d’orgueil, je me croyais très bon et je la regardais un peu avec complaisance. J’étais con. J’avais l’impression de voir une barrière entre elle et moi, et je n’avais pas la clé -la clef, puristes, je vous demande excuse.

 

 

A suivre…

 

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Seb 21/04/2006 20:28

Attendez, attendez ! Il fait beau et j'ai des m2 à mettre en valeur moi... Ou alors vous venez défricher mon jardin à ma place. Mais je vous fait ça ce soir mesdames. Et rien n'empêche ceux qui le veulent de mettre des articles en ligne. Et puis je devais réfléchir sur la suite, car, l'eusses-tu cru ? je suis en pleine catharsis... Je vais sortir de là guéri. Faut pas charrier.

marie 21/04/2006 09:50

ouais, à quand la suite, feignasse.quand je pense que je te laisse toute la place jusqu'à ce que t'as fini.pff.

karine 20/04/2006 19:23

aïe, aïe, aïe qui a parlé de coups? Bon trêve de plaisanterie, à quand la suite !

Seb 20/04/2006 11:42

Mais si mais si, ne fais pas ta mijaurée (?), j'adore prendre des coups !

marie 20/04/2006 09:29

bon, d'accord, je ne dirai plus rien.et d'abord je ne lance jamais de pierres, je me contente de tendre des perches, mais si vous n'aimez pas mon poisson d'étang, tant pis, je me le garde.