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Brouillon

28 Juillet 2008 , Rédigé par Geoffroy Yquaille

Si vous voulez y comprendre quelque chose, et si vous avez du temps, c'est ICI. Ceci est le dernier passage du roman auquel je travaille. C'est du provisoire, ça es perfectible, bien entendu. Je profite de l'occasion pour manifester ma solidarité avec ces dames, bien décidées à rabaisser son caquet à M. le curé.

Soudain, je me réveille en sursaut.

Je lance un oeil méfiant en direction de mon radio-réveil : un 12:34 est en train de ricaner à mon attention... Mon appartement est plongé dans une inquiétante lueur rougeâtre. N'avais-je pas éteint les lumières du labo-photo, hier soir ? La dernière fois que j'ai vu l'heure, il était 04:20. Mon réveil est un bon vieux réveil de fabrication est-allemande, pas toujours fiable, toujours prêt à tomber en panne à quelques minutes de la sirène, capable de se mettre à chanter au milieu de la nuit sans que personne ne lui ai rien demande ; je crois qu'il aurait voulu être un chanteur, comme celui-là qui a préféré devenir homme d'affaires, le fumier.

Bref.

Aux fils de d'araignée qui zèbrent le ciel de mon logement sèche une série de clichés en noir et blanc que j'ai développée hier soir, jusqu'à ce que les yeux me brûlent : à l'heure du numérique instantané, je préfère encore le grain poudreux des photos révélées au nitrate d'argent. Moi aussi j'ai un côté artiste... Ici, c'est le Belarus, comme pays. Le dernier pays européen encore aux mains d'un authentique Stalinien. Oui, le Belarus, tu sais bien, si ? Mais si, on l'appelle aussi « Biélorussie », ou encore « Russie Blanche »... Non ? Pff... Espèce d'inculte... Et c'est ça qui veut faire l'Europe... Non mais c'est vrai, t'avais jamais entendu parler de ce bled ? Capitale : Minsk. Ça y est, tu le remets ? Non ? Bon tant pis... Pour ta gouverne, le Belarus est coincé entre la Russie à l'est, la Pologne à l'ouest, l'Ukraine au sud et au nord, peut-être bien un pays Balte. Quoi, un pays blatte ? Allez, dégage de là, tu me gonfles, retourne t'asseoir devant TF1, tiens, ils te prennent bien pour ce que tu es, va... Va, va ! C'est l'heure du pastis ! Oust !

Je manque de m'étaler sur une bouteille de Vodka, merde, je sais pas ce qu'il foutent dedans, mais bien gelée au congélateur, hier soir, c'est descendu tout seul.

C'est mon journal qui m'a envoyé au vert dans ce pays où personne n'aura l'idée de me trouver.

« Allez écrire des poèmes et envoyez-les moi par courrier, on les publiera en pages culturelles, m'a dit le patron. Vos enquêtes sur les affaires du pouvoir vous ont mis en danger, la sécurité militaire vous a dans le pif. Un accident de la route est si vite arrivé... Faites-vous oublier, tenez, voilà des billets pour un coin tranquille, vous partez à midi. Prenez : vos nouveaux papiers. Désormais, vous vous appelez Sébastien Cliville...
- Llé, précisai-je.

- Llé, puisque vous y tenez tellement. Effacez vos traces avant de partir, vous ne prenez pas d'ordinateur, et donnez-moi vos téléphones... Allez !»

Voilà ce qu'il m'a dit, et puis il m'a fourré une enveloppe pleine de billets de 50 $ US dans la poche, un petit papier d'instructions manuscrites, et il m'a planté là.

En deux heures, j'ai dû faire le plein de Subutex, sauvegarder mes données sur deux DVD, formater mes disques durs, je n'ai pas oublié mon vieux Nikkon argentique, quelques péloches...

À 15:OO je me sifflai un brandy tiédasse à l'aéroport miteux de Yérévan... Là un contact moustachu m'a fourré dans le train pour Kiev, enfin, j'ai fini le trajet dans un autocar aux toilettes fermées, une chaleur à crever, les mouches vertes commençaient à butiner mon cadavre, pourtant la route était toute juste refaite, un vrai billard... J'étais mal, mal, mal, et mes intestins faisaient des noeuds, j'avais des courbatures comme après une étape du tour de France sans entraînement, et je suais, je suais, à chaque pause j'allais me vider aux chiottes dégueulasses de la station service, j'avais oublié mes seringues à Paris, alors je croquais mes petits comprimés, faute de mieux, ça atténuait un peu les symptômes du manque. Je maudissais ce connard de Goeffroy Yquaille et son héritage toxicomane... A la gare routière de Minsk, j'allais trouver une adresse et une clef à la consigne comme il était écrit dans les instructions, il fallait que je mange le papier, je sautai dans un taxi, et voilà.


J'ôte les pinces à linge patiemment, une par une, je range les photos dans une petite boîte à chaussures. Je verse mes révélateurs et fixateurs dans leurs récipients, que je case bien au noir dans un placard... Je tire les rideau et le soleil, enfin, entre à flots dans la pièce, c'est vrai, il fait grand jour sur la steppe... L'été est brûlant dans la grande plaine eurasiatique... Un gros chat blanc (toujours le même) se pointe à la fenêtre, je ne l'aime pas celui-là, il pisse partout, alors je lui lance une chaussure.

Je suis à Minsk depuis trois semaines. Mon appartement se trouve sous les toits, aux huitième étage d'un immeuble à l'ascenseur souvent en panne... J'ai une belle terrasse, une salle d'eau large comme un couloir, la porte ferme mal, une grande pièce traversée par deux poutres de soutènement, une mezzanine, un lit dessus. Une fois par semaine, une baba passe mettre un peu d'ordre dans mon bazar d'alcoolique (je me suis mis à la vodka, la meilleure du monde qu'ils disent -j'ai fini mon sevrage d'héroïnomane), elle remplace mon linge sale par du linge propre, j'ai bien essayé de lui palper son gros cul, j'aime ça, moi, les gros culs, son sourire caché dans la main et ses yeux panthère, j'étais un peu bourré, elle m'a plu, mais elle m'a retourné une belle gifle, et puis elle a essayé de m'arracher les yeux, je me suis enfui entre mes bras, elle m'a tapé dessus avec une bouteille vide, j'ai dit ok ok ok, pitié, j'ai imploré, elle a ri, j'ai osé un petit sourire contri, elle a fait tfou ! Et puis elle a continué son petit travail, je me suis mis à la télé, je ne comprends pas encore très bien le russe, c'est complètement débile, les paillettes pleuvent à chaque jingle, mais j'aime bien le look des présentatrices, avec leurs gros nibards...

Dans la journée, je me balade en ville, il n'y a plus de ces militaires AK47 en bandoulière comme j'ai connu le coin, je bois des coups au hasard des bistros, du vin français, car l'étiquette attire les rouquines en minjupe, je ne sais pas quoi faire de mes liasses, à la banque le mec était bien emmerdé, il n'avait pas assez de roubles biélorusses pour changer tous mes dollars américains, j'ai pris ce que je pouvais, heureusement il y a des fermetures Éclair à mon futale, et puis, je suis me suis payé un petit attaché-case, et d'établissement de change en maison de crédit, je l'ai rempli de biffetons. Personne ne m'a attaqué. Je mange des pizzas, ou un alors Macdo, là où la faim me prend ; c'est joli, Minsk, détruite et reconstruite à l'identique, repeinte toute fraîche toute pimpante toute colorée... Je prends des photos, de-ci, delà... Dans les bars et les pubs, des groupes jouent du rock slave, du reggae slave, de la salsa slave, congas et bandonéons, ça donne à la ville un air de Dysneyland pour grandes personnes qui vont tous les jours à la messe, il y a des églises partout... J'étais déjà venu, dans les années 80, c'était à la toute fin de l'époque soviétique, des bistros, il n'y en avait pas, aucun, nulle part, la dictature les interdisait, c'était triste, mais triste ! Et il y avait toujours un connard sourcilleux pour te faire la morale au moindre écart de conduit ; maintenant, les moralistes ont été relégués au ramassage des poubelles. Encore moins de petits cafés-concerts comme j'en trouve partout aujourd'hui... En France, dans le monde où j'ai atterri après cette fameuse nuit, la sarcoïde dictature écolo-hygiéniste a interdit tous ces lieux de perdition : au fond, perdu pour perdu, je me sens bien mieux ici.

J'attends qu'on me contacte.


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Ptitbouchon0 29/07/2008 12:53

Bukowski c'est ton pote ?

Quichottine :0010: 28/07/2008 11:21

Moi, j'aime bien...Tu l'auras fini quand, que je le mette dans ma bibli ?

" Charly " 28/07/2008 10:30

Alors ça c'est de l'aventure. Un dépaysement total qui nous fait découvrir d'autres lieux et, peut-être, apprécier ce que nous avons.Charly...

28/07/2008 08:48

Eh ben ...si c'est plus triste en France qu'en Biélorussie , bonjour les dégâts - mais c'est peut-être pas faux ? Si t'as de la vodka je rapplique (lol) PS : le curé en question ,un athé bon teint va avoir du mal avec nous (je plaisante ,on l'aime beaucoup ! )