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Nicolas Lebourg, Histoire générale du camp de Rivesaltes 6

17 Mai 2008 , Rédigé par Sébastien Clivillé, Hagaär Dünor, Totoseb, the Toxic Avenger

En revanche, la C.G.T. obtient de l’armée en 1947 l’autorisation d’installer sur le site un « centre de formation professionnelle accélérée pour les ouvriers du bâtiment des P.O. Destiné finalement aux Nord-Africains, il provoque de profondes tensions avec les populations environnantes. Aux dénonciations de chapardage et vandalisme dans les vignes alentours par certains élèves, aux affrontements physiques entres groupes de jeunes gens du centre et de la commune, s’ajoutent les tensions socio-politiques suscitées par l’écho de la Guerre d’Algérie - la partie strictement militaire du camp reçoit d’ailleurs les troupes en partance pour l’Algérie. Afin d’y remédier, est décidé en janvier 1955 de créer six classes d’élèves métropolitains censées "équilibrer" les six classes de stagiaires nord-africains. Deux ans plus tard, les métropolitains représentent les deux tiers des effectifs. Néanmoins, le camp de Rivesaltes n’est pas pour autant devenu un moyen d’inclusion sociale… Dans le cadre du raidissement de l’Etat provoqué par la Guerre d’Algérie, l’Etat envisage en 1957 de créer ici un « camp d’internement ». Le préfet fait d’autant plus tout pour l’en dissuader que les lieux contiennent, outre le centre de formation déjà évoqué, un Centre de Formation Professionnelle Militaire destiné aux Nord-Africains et un centre de passage des jeunes soldats mobilisés pour la guerre. Une fois encore le projet ne va pas jusqu’au bout mais va néanmoins être créé une prison très spéciale et très discrète. S’installe, en parfaite discrétion, un centre pénitentiaire. A cet effet, les plans d’aménagement des îlots J et N sont établis entre octobre 1961 et février 1962. Les prisonniers intègrent le centre entre le neuf mars et le dix-huit avril 1962. Le registre d’écrou comptabilise 527 prisonniers dont 487 sont des Français musulmans – soit 92.4 %. Parmi ceux-ci les peines de mort commuées représentent 12% des cas. Les motifs de condamnation sont avant tout l’atteinte à la sûreté extérieure de l’Etat, l’assassinat et tentative d’assassinat, l’association de malfaiteurs ; ces données laissent clairement à penser que sont regroupés des internés engagés dans la lutte pour l’indépendance de l’Algérie. Une note de la Direction Générale de la Sûreté Nationale indique quant à elle que le camp est destiné aux « Nord-Africains condamnés pour activités anti-nationales ». Courant juin, est rapatrié au Camp Joffre le Premier Régiment Tirailleur Algérien. Il a emporté avec lui plusieurs centaines de civils, femmes et enfants. En octobre 1962, environ 8 000 membres du groupe social « Harkis » séjournent au camp de Rivesaltes (dont ceux en provenance du camp du Larzac). En tout à peu près 20 000 personnes vont passer et s’entasser ici. Le séjour est souvent très court mais néanmoins les dernières familles ne quittent les lieux qu’en février 1977. D’autres supplétifs coloniaux sont venus, accompagnés de civils : en 1964 parviennent au camp environ 600 Guinéens, anciens militaires français, et leurs familles. Ils sont présents jusqu’en février 1966, non sans que gendarmerie et CRS soient intervenus suite à leur insoumission . Aux mêmes dates est également présent un petit camp de familles d’anciens militaires français rapatriées du Nord-Vietnam… La partie civile du camp Joffre entre en sommeil jusqu’à la décennie 1980. Quand, en 1984, l’Etat demande au préfet des Pyrénnées Orientales d’effectuer une étude pour savoir où installer un centre regroupant les immigrés clandestins, ce dernier lui répond que le plus mauvais choix serait le site du camp de Rivesaltes. Le Centre de Rétention Administrative y sera donc installé… Fondé en 1986, le Centre de Rétention Administrative a d’abord pour objet de regrouper les ressortissants espagnols en situation irrégulière sur le territoire français – soit l’année même où l’Espagne entre en la Communauté Economique Européenne et où est signé un Acte Unique européen qui rend libres d’installation les seuls capitaux. Les personnes sont considérées comme « retenues » et non détenues : elles sont gardées par l’armée, n’ont pas le droit de sortir de leurs chambres – hormis pour les repas et les trois promenades quotidiennes à l’intérieur du centre, d’une demi-heure chacune – mais il n’est pas possible aux gendarmes de faire feu sur un retenu tentant une évasion. La capacité est de quatorze lits pour les hommes et quatre pour les femmes. Ayant dépassé les mille entrées annuelles depuis 1994, il est, sur le territoire français, l’un de plus importants centres de rétention des immigrés clandestins. Si les internés sont surtout de nationalité marocaine (environ un cinquième des effectifs) le centre dispose d’une liste de traducteurs accrédités qui démontre la grande variété des cas individuels : quinze pour l’Anglais et l’Espagnol, quatorze pour l’Arabe, six pour le Polonais, cinq pour l’Italien et le Russe, trois pour le Chinois, etc. : le camp de Rivesaltes demeure une ruine de la tour de Babel.

[1] Peu auparavant on leur donne des pelles pour enfouir leurs ordures, en râlant que depuis des années celles-ci s’ammoncellent au milieu du camp… Pas une fois on ne songe à leur donner un service de ramassage…

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alphomega 18/05/2008 00:19

Triste bilan. Déplorable et on parle d'intégration!Bon dimanche

Sébastien Clivillé, Hagaär Dünor, Totoseb, the Toxic Avenger 22/05/2008 15:15


On en parle oui...