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Ils paieront

27 Janvier 2008 , Rédigé par Sébastien Clivillé, Hagaär Dünor, Totoseb, the Toxic Avenger Publié dans #NOUVELLES

Le tourbillon méphitique d'un rat crevé enveloppe le champ de bataille de ses dernières nuisances et enrobe l'univers d’un air plus vicié encore… Sous le ciel pisseux Melody se dresse, icône déchue… Aspirée par la gadoue, elle regarde passer les types robustes affairés, par ici, et par là. Elle est invisible : les hommes au travail font comme si cette brune beauté gisait déjà, échouée parmi les cadavres automobiles ; mais tous l’ont reconnue, même ceux qui jamais encore ne l’avaient vue, car sa légende hante encore les lieus, les anciens en parlent comme d’une plaie épouvantable dont la divine miséricorde les auraient libérés, et chacun rougit secrètement, violemment ému par la soudaine apparition de cet ange un jour à jamais radié de leur monde de ferrailles et d'aventures. Marco, leur Saint Georges, a chassé la bête... Ne se tient ici que son ombre pourrie.

Les types continuent donc à vaquer, certes troublés par cette apparition, mais bon : dans deux jours, leur convoi de vieilles bagnoles bien graissées s’ébranlera pour l'Afrique, au revoir l’Europe, et à eux les petites négresses, qu’est-ce que tu crois, coco ? Ce fantôme ne les navre pas plus que ça, elle qui eut pourtant tant d’influence sur ces tatoués.

« - Pardon, lui souffle le porteur courtaud d’une boîte de vitesse dont elle obstrue le chemin ; le visage brique de la brute trahit un effort intense, ou une impatience immense.

Une voix derrière elle :

« - Je croyais t’avoir interdit de remettre les pieds ici.

Elle reste immobile et tête basse. Les nuages noirs accourent depuis l'horizon.

- Je suis venue te demander pardon, minaude-t-elle.

Il tend la main, paume en avant :

- Pff. Alors là ma grande, tu rêves ! Tu n’as qu’une chose à faire : partir. Alors tu t’en vas, loin, et tu ne reviens pas, jamais, c’est fini tout ça, tu vas pas continuer à m’emmerder à traîner dans mes pattes et à semer la discorde parmi mes troupes, tu nous as assez causé de problèmes, allez oust !

- Mais j’ai changé ! crie-t-elle en se retournant vivement.

- T’as changé ? Mon cul ! Tu m’as déjà fait le coup, souviens-toi : deux jours après, je te gaulais avec dans la bouche une queue qu'était pas la mienne, allez allez, dehors, la discussion est close. Dégage !

- Attends !

Il commence à s’éloigner, déjà intéressé à autre chose.

- Loulou ? Ali ! Foutez-moi ça dehors vite fait et… Merde il recommence à flotter, Mimile ! Pourquoi tu laisses traîner les cartons là comme ça, bouge ton derche, arrrrrr ! Vous commencez à me courir, ptain, plus dans deux jours dans le bordel, vous voyez pas qu’on est à la bourre, non mais regardez-le celui-là espèce de feignasse qu’est ce que tu branles au lieu de fumer ta clope, mords-la paille, dépêche toi, on sera jamais prêt, ptain ça va chier ! Ça va chier !

Ils se sont tous mis à courir tout à coup, floc-floc floc font leurs pas dans la bouillasse. Un gros mâle des chiens est venu sentir le cul de Melody poussée vers la sortie par les deux cocos susdits. Rapide, efficace, une épaule chacun, allez hop !

« - Dégage et disparaît, parce que je te promets que si je te revoie ici, tu la prendras, ta rouste, lui lance Marco quand elle n’est presque plus à portée de voix.

- Fft fft fft, lui siffle joyeusement un acolyte malveillant.

Mais elle reste là, hébétée, genoux fléchis et bras pendants, plantée sous un rideau de pluie transversal, entre les deux piliers de moellons qui gardent l’entrée. Les hommes s’attroupent et commencent à ricaner, une ou deux insultes, un sifflet lui font définitivement tourner des talons.

Vaincue.

Elle avait cru pouvoir les faire revenir sur son bannissement, elle aurait aimé les voir revenir sur a décision, les attendrir… Partir avec eux. Loin. Fuir pour longtemps ces plaines gorgées, leurs averses incessantes, enfin commencer la vie, devenir quelqu’un !

La tempête bat les flancs de ses pensées confuses, une vague de souvenirs, puis une autre, les échecs, les trahisons, les espoirs et les drames un à un apparaissent s’échouer sur les rives de sa mémoire, moribonds... A grandes enjambés, elle pleure sous la douche printanière, elle les maudit, tous ceux-là qui l’ont abandonnée, et les autres aussi, les autres surtout, les salauds heureux, les gens, qui la condamnent à la solitude. Il ne lui reste plus qu’à crever, survivre c’est inutile, de toutes façons, tous ces enfoirés ne souhaitent que de la voir sombrer, c’est tout, ç’est ça, personne au monde pour se soucier d’elle, elle rumine des vengeances et des haines, et marche, poings serrés, elle leur fera regretter leur indifférence, à tous, quels qu’ils soient d’où qu’ils viennent, ils finiront dans le même panier, à tous ceux-là qui n’en veulent qu’à son joli petit cul, au fond. Oui, son seul bien, son corps, ils veulent le lui prendre, la bafouer encore...

Soit.

Ils paieront le prix fort.

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cathy 09/02/2008 13:23

Tu écris bien. Te lire est un plaisir :)

Sébastien Clivillé, Hagaär Dünor, Totoseb, the Toxic Avenger 09/02/2008 18:27

ouf merci

nadia-vraie 27/01/2008 22:59

Ah ouais Bonjour seb et A+

chris 27/01/2008 15:09

L'HORREUR  !!!!!Ousque t'as vu ça ?????Meme pas chez les singes !!......c'est quoi, ces cloportes ?????Ce n'est pas exactement très clair.........mais c'est très, très énervant !

Sébastien Clivillé, Hagaär Dünor, Totoseb, the Toxic Avenger 31/01/2008 09:06

Je suis aller creuser dans la saleté. J'ai un peu rectifié ce texte, depuis ton commentaire.