Je me baladais entre les baraques et je
me sentais vraiment découragé. Parmi les décombres du camp de Rivesaltes, je pensais aux pieds-nickelés Sarkosy, Hortefeux et Dati, qui font bégayer l’histoire en piégeant les étrangers qu’on
aura prié de bien vouloir se présenter à la préfecture, aux enfants emprisonnés dans les centres de rétention, aux gens punis, non pas pour ce qu’ils font, mais pour ce qu’ils sont … Vous lisez
les journaux, vous compléterez la liste. Je pensais à mon grand-père… Il n’a passé que quelques mois, ici, grâce à l’opiniâtreté de ma grand-mère, mais il en est tout de même crevé, de cette
guerre… Et pas seulement à cause de l’épisode concentrationnaire : il avait tout perdu, sa maison, son pays, la guerre contre les fascistes… Il avait aussi vu s’envoler ses rêves de
révolution fraternelle, tous ses espoirs d’un monde meilleur s’étaient évaporés dans les hurlements des Stukas allemands. Il avait vécu dans une
Espagne où la terre était partagée équitablement, où le fruit du travail était réparti entre tous, une société où chacun avait droit à l’éducation, à la culture, aux loisirs… Le communisme réel,
ça s’appelait. Oui, je sais, communisme, c’est un gros mot, surtout depuis que l’on sait comment les dictatures parmi les pires ont exploité le concept… J’idéalise la république espagnole, mais
je sais bien que du côté des anarchistes aussi, on avait la balle dans la nuque facile… Je sais…
Bienvenus en France
La chute du Mur de Berlin, c’était la fin de l’histoire, laissez faire, laisser aller, qu’ils disaient. Les gentils avaient enfin gagné.
Ils signèrent des accords de libre échange, et toutes les industries se précipitèrent dans les Birmanie et autres Chine, où les salaires sont, comme on dit, de misère et les syndicats, interdits
– ou obligatoires et uniques, ce qui revient au même. Non, capitalisme ne rime pas avec bonheur, ni avec liberté, je suis poète, je sais de quoi je parle. Demandez aux millions d’Américains qui
sont en train de se faire expulser de leur jolis rêves de propriétaires, vous verrez que je ne dis pas de mensonges. Pourtant, à l’heure du
libéralisme roi, quand la lutte de chacun contre chacun est devenue la règle, quand la main invisible du marché nous fait les poches et nous jette à
la rue, au moment où seuls les plus performants (syn. : fils à papa) s’en sortent, il est
peut-être l’heure de relire Marx, arg ! C’est plein de gros mots, Marx : Exploitation ! Aliénation ! Télévision !
Hein ? Pas télévision, non, je sais, mais ça aurait pu.
Jamais les exploitations et les aliénations n’ont été aussi
pesantes, ni l’accroissement des inégalités, sur tous les terrains, dans tous les pays. La lutte des classes, ça nous fera marrer tant que nous aurons de la viande à tous les repas grâce à notre
pouvoir d’achat. Faites vos courses vous-même, une fois pour voir, donnez un jour de congé à la bonne : nous nous appauvrissons. Un jour, ça
deviendra trop, et nous dirons : « -C’est inacceptable ! » ; à ce moment là, on nous enverra la police, ou l’armée, si nous vraiment très en colère : ce sera tout ce
qu’il restera de l’Etat, les fonctions régaliennes… Un bon coup de pied au cul, et on nous remettra au boulot. Le marxisme, ça va bien, oui, et pourquoi pas la révolution, tant qu’on y
est ?
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