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Réfugiés

4 Novembre 2015 , Rédigé par Hagaär Dünor-Toxic Avenger

Ces trois-là, ça fait longtemps, déjà, qu’ils sont vieux…. Hélène, fille d’Aimée et Ramon, est toujours l’aînée de ses petits frères, Norberto et Joan, assez espiègles encore à se tirer la moustache. Français va-de-la-gueule, ils ont pourtant fui leur Espagne natale, il y a soixante-quinze ans. Le comité révolutionnaire avait élu Ramon porte-parole ; à l’été 36, ils ont réquisitionné les forces de production, les terres, proclamé l’égalité. Quelle belle gueule il avait, cet été du bonheur d’y croire ! On avait caché le curé dans une grotte des montagnes alentour. On ne tua personne, au village. Et puis Franco franchit le Détroit de Gibraltar, soutenu par Hitler et Mussolini. A l’automne, les staliniens auront épuré anarchistes et gauchistes, tandis que les démocraties seront courageusement restées neutres… Les méchants fermeront cette belle parenthèse dans le sang en janvier 39 : la république espagnole vint, vit, mais ne vainquit ni ne vécut, de trop de sève ou de trop de trahisons. Les armées nationalistes avançaient. Premier départ pour Barcelone, encore aux mains de la république agonisante. « Mon premier souvenir d’enfance», soupire le plus jeune des trois, Norberto, « c’est le hurlement des stukas hurlant qui piquent sur la ville.» Et puis quand, le 26 janvier 1939, Barcelone tombe entres les blanches et catholiques mains franquistes, Ramon décide de partir pour la France. La « retirada » : cinq-cents milles hommes, femmes et enfants, affaiblis par trois ans de privations et d’espoirs déçus, franchissent les Pyrénées dans des conditions d’épouvante : dans les cols enneigés, les franquistes bombardent virilement les réfugiés sur les routes catalanes. Tiraillés (déjà) entre la crainte du déferlement des hordes révolutionnaires et l’observation du droit d’asile aux persécutés, l’accueil sera plutôt mitigé la frontière franchie … Avec Aimée, Française, les petits prennent un train pour la Normandie, tandis que Ramon est interné au camp de concentration de Rivesaltes. C’est l’hiver, le vent du Roussillon s’en souvient, du travail forcé, lui aussi, qui encore aujourd’hui, fait tournoyer gratis les grandes ailes éoliennes. Aujourd’hui, ils sont sur un banc, avec les autres vieux, sur la place du village. Les gosses courent derrière un ballon, les coulées de capucines se répandent aux fenêtres… Barbelés, baraquements, humiliation, peur, froid, faim, tristesse et mélancolie font à nouveau partie du paysage, délétères parfums du vent mauvais des années trente.

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Quichottine 10/09/2017 23:19

Es-tu encore là, Seb ?